Think thank sur les politiques publiques dans le secteur agricole et rural en Afrique de l’Ouest

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3 - Le contexte

Les sécheresses des années soixante dix, le choc pétrolier de 1973 et la chute des cours mondiaux des matières premières agricoles ont entrainé une très grave crise de l’économie agricole et des finances publiques du Sénégal.

Les politiques d’ajustement structurel et de relance agricole : 1979 – 2000
Les politiques d’ajustement structurel ont favorisé l’émergence d’un mouvement paysan qui réalise la jonction entre les anciennes organisations suscitées par l’Etat (coopératives agricoles, groupements de promotion féminine, etc.) et les associations paysannes (regroupées dans la fédération des ONG du Sénégal, FONGS, créée en 1976) apparues avec les sécheresses de la fin des années soixante et début des années soixante dix. Ce mouvement essaye, avec un certain succès, de remplir le vide créé par le désengagement de l’Etat en fournissant des services à ses membres avec l’appui des ONG et des partenaires au développement. 
Ce mouvement va, de plus en plus, s’affirmer comme un interlocuteur de l’Etat et des partenaires au développement dans l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques et programmes publics concernant le monde rural et le secteur agricole. Un partenariat se met en place qui permet des décisions importantes visant à relancer l’économie agricole : rétablissement en 1997 du programme agricole supprimé en 1979, conventions de délégation de service public entre l’Etat et les OP pour la gestion par celles-ci de projets financés par les bailleurs de fonds, gestion de la composante OP du PSAOP (programme des services agricoles et d’appui aux organisations de producteurs), participation aux réflexions sur les politiques agricoles et sur la réforme foncière, consensus sur la priorité à l’agriculture familiale dans les politiques agricoles. 
Après l’approbation du PASA, se prépare la mise en place d’un nouveau système libéral et décentralisé d’appui conseil et recherche pour l’agriculture familiale concrétisé par le PSAOP. Il sera complété par un programme de relance de la filière arachide, par des appuis aux collectivités locales à travers le PNIR (programme national d’infrastructures rurales) et d’autres projets destinés à accompagner la politique de décentralisation relancée avec le code des collectivités locales voté en 1996.
Au plan sous régional et international, le Sénégal participe aux politiques d’intégration sous régionales au sein de la CEDEAO (créée en 1975) et de l’UEMOA (créée en 1995). Il est signataire des Accords de Marrakech (1994) et des Accords UE\ACP de Cotonou (2000) qui prévoit la négociation d’accords de partenariat économiques entre la CEDEAO et l’UE.

L’alternance politique et le retour de l’Etat : 2000 - 2007

L’année 2000 correspond à la première alternance politique de l’histoire du Sénégal indépendant entre un régime se réclamant du socialisme africain et un régime se réclamant du libéralisme économique. Cette année est aussi celle de l’entrée en vigueur du tarif extérieur commun de l’UEMOA qui se traduit par une très large ouverture de ce marché commun et donc d’une concurrence accrue pour les petites agricultures familiales ouest africaines. 
Comme ceux qui l’ont précédé, le nouveau gouvernement doit surtout faire face aux calamités naturelles (sécheresses, inondations, invasions de sauteriaux) et aux fluctuations des cours de l’arachide et leurs conséquences : baisse des revenus des ruraux, disettes, accumulation de crédits impayés et déficits des huileries. Il doit en même temps essayer de définir et mettre en œuvre une véritable politique agricole. La stratégie de réduction de la pauvreté définie avant l’alternance politique est mise en œuvre en 2003. A partir de 2003, des programmes spéciaux avec des objectifs ambitieux ont concerné les productions vivrières, sans succès : maïs, manioc, sésame, bissap. 
Des programmes de maîtrise de l’eau ont été aussi lancés, sans effet notable pour l’instant : développement des bassins de rétention et pluies provoquées. Dans le cadre de la définition de la stratégie de croissance accélérée (SCA), l’agriculture et l’agro alimentaire ont été retenues comme une des grappes de croissance, mais seule l’horticulture est prise en compte. Un programme de retour à l’agriculture dit « plan REVA » a été élaboré en 2006. Il vise surtout à installer des agriculteurs dans des aménagements irrigués permettant une agriculture intensive. Ces programmes sont considérés comme la composante agriculture de la deuxième phase de la Stratégie nationale de réduction de la pauvreté (DSRP II). En réalité, les autorités politiques n’arrivent pas à mettre en cohérence leur vision du développement basée sur l’agriculture d’entreprise et l’agrobusiness et leur engagement prioritaire de lutter contre la pauvreté qui est majoritairement rurale et qui concerne les petites exploitations familiales dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage, de la foresterie et de la pêche. 
Ainsi malgré les professions de foi libérales, on assiste à un retour de l’administration de l’économie agricole par l’Etat : distribution des intrants et du crédit, subvention des intrants et des prix, fortes interventions dans les décisions de production des paysans.