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Atelier sur l’investissement agricole au Sénégal

1er juin 2014

Le CNCR, en collaboration avec la FONGS et en partenariat avec l’IPAR et ActionAid, a organisé un atelier de réflexion sur l’investissement agricole du 26 au 28 juillet 2011 à l’Hôtel le Ndiambour. Cet atelier a pu se tenir grâce à l’appui financier du Food Security Network et de l’Union Européenne et sa préparation grâce à l’accompagnement du CRDI et de la DDC.

L’objectif était d’échanger sur la problématique de l’investissement dans l’agriculture et de permettre un partage des analyses et expériences paysannes.

Cet atelier a permis de réunir une cinquantaine de participants constitués de représentants des Ministères impliqués dans le développement rural (agriculture, commerce, pêche, économie et finances), de parlementaires, de représentants du Conseil Economique et Social et du Sénat, de partenaires techniques et financiers, d’organisations de la société civile, d’organisations paysannes, du secteur privé, d’universitaires, d’experts et de journalistes.

Lors de la première journée, Yamar Modj, directeur du Hub rural et Amel Benkahla, chargée d’études à l’IPAR ont pu présenter le contexte et les enjeux liés à la mise en oeuvre de la politique agricole régionale, ainsi que l’analyse du plan d’investissement agricole du Sénégal réalisée par l’IPAR. Dans l’après-midi, Nadjirou Sall, secrétaire général de la FONGS a expliqué le processus d’analyse paysanne qui a conduit au forum international "comment les exploitations familiales peuvent nourrir le Sénégal" et rappelé les trois conditions nécessaires au développement de ces exploitations :

  • une amélioration de leur productivité globale,
  • une meilleure maîtrise de l’espace et du foncier et
  • une dynamisation des économies rurales.

La deuxième journée était consacrée à des groupes de travail thématiques et a permis de présenter des initiatives paysannes rentrant dans les objectifs du PNIA. Les débats ont ainsi pu se développer par la suite autour des leviers à activer pour renforcer ces dynamiques à la base et sur la manière dont les financements du PNIA pouvait les renforcer et leur permettre de se démultiplier.

Le groupe 1 sur la modernisation et l’amélioration de la productivité globale des exploitations a ainsi pu bénéficier de la présentation de plusieurs expériences :

  • la Fédération des Périmètres Autogérés (FPA) qui a mis en place différents instruments financiers (Compte de dépôt à terme, fonds de maintenance, etc.) lors de la rétrocession des aménagements hydro-agricoles par l’Etat
  • l’Association pour le Développement des Agriculteurs de Kaolack (ADAK) qui a mis en place pour ses membres des services d’approvisionnement et de transformation/valorisation et mise en marché
  • l’Association Jig Jam dans la région de Thiès qui accompagne ses membres dans des dynamiques de restauration de la fertilité des terres (sécurisation foncière avec les communautés rurales, intégration agriculture/élevage)
  • L’Association pour le Développement Intégré et Durable (ADID) qui a mis en place un service de commercialisation du lait local et de fournitures de services à ses membres (crédit aliment du bétail, pharmacie et conseil vétérinaire, etc.)
  • l’ASPRODEB, qui a mis en oeuvre un projet de reconstitution du capital semencier arachide, en partenariat avec l’ISRA.

Les débats au sein de ce groupe ont mis l’accent sur la nécessité de mettre en place différents instruments politiques afin de renforcer la productivité des exploitations familiales : des subventions publiques adaptées et définies avec les bénéficiaires, des investissements structurants permettant de créer un environnement favorable à la production, des outils de régulation des marchés, un système de crédit adapté et un conseil et une recherche agro-sylvo-pastorale mieux adaptée à la demande des exploitations familiales.

Le groupe 2 a travaillé sur la gestion durable des ressources naturelles et foncières et a partagé plusieurs expériences d’organisations de producteurs et d’éleveurs allant en ce sens :

  • le réseau Billital Maroobe a présenté l’intérêt de la mise en place de conventions locales de gestion des pâturages pour limiter les conflits fonciers,
  • la FENAGIE pêche a fait part du fonctionnement des comités de gestion des ressources halieutiques et de leurs règles de bonne gestion (repos biologique des espèces, techniques de pêche autorisées, etc.)
  • l’Association Jig Jam a montré comment la sécurisation foncière basée sur une collaboration avec les communautés rurales peut influer sur l’amélioration de la fertilité des terres et donc des rendements des exploitations familiales,
  • le CERFLA a expliqué le travail mené avec les organisations de base pour la sécurisation du ranch de Dolly et la préservation de sa vocation pastorale
  • le GRAFOSEN a sensibilisé sur les difficultés pour les femmes d’accéder à la terre à cause de contraintes sociales, économiques et de leur non-intégration aux instances décisionnelles
  • le CNCR a enfin rappelé le processus de concertation et méthodologie participative qui a abouti à la formulation de propositions pertinentes sur la réforme foncière.

Le groupe s’est accordé sur la nécessité de travailler sur un système de gestion et de partage des connaissances, ainsi que sur la documentation et la capitalisation de ces expériences afin d’évaluer leur pertinence et leur reproductibilité. Les participants ont aussi plaidé pour encourager le financement local de certaines expériences porteuses, renforcer les capacités des élus et des OP sur la gestion des ressources naturelles et foncières, mettre en place un cadre de dialogue inclusif et analyser concrètement la situation réelle des acquisitions foncières à grande échelle au Sénégal.

Le groupe 3 a conduit ses réflexions autour des questions liées à la valorisation des produits et au développement des filières locales :

  • le Cadre de Concertation des Producteurs d’Arachide (CCPA) a présenté les investissements réalisés pour améliorer la valorisation de l’arachide et fournir ds produits de qualité et bon marché aux consommateurs sénégalais
  • la Fédération des Acteurs de la Filière Avicole (FAFA) a expliqué en quoi le blocage des importations intervenu en 2005 avec la crise de la grippe aviaire n’a contribué que modérément à une dynamisation du secteur du fait de l’absence de politique d’investissement centrée vers la promotion de l’aviculture traditionnelle
  • le Directoire National des Femmes en Elevage (DINFEL) a plaidé pour une réforme des droits de douane sur le lait en poudre importé afin de permettre à la filière lait local de se développer grâce à la multiplication d’unités de transformation modernes ou semi-artisanales
  • l’Association des producteurs de la Vallée du fleuve Gambie (APROVAG) a ensuite démontré à l’appui de l’exemple de la filière banane combien une politique de filière bien structurée peut aider à booster un secteur.

Les participants se sont entendus sur le fait que l’investissement dans la transformation et la valorisation des produits sont primordiaux car ils constituent un véritable levier pour dynamiser la production et rentrent aussi dans les stratégies de sécurité alimentaire des familles. Afin de renforcer ces activités, plusieurs instruments ont été évoqués : la mise en place d’un fonds d’investissements pour appuyer les initiatives privées portées par les exploitations familiales et leurs organisations, l’abaissement du taux de crédit sur la commercialisation, la mise en place d’une politique incitative pour le développement d’un réseau de PME/PMI dans le secteur agro-alimentaire et le développement de cadres de concertations multi-niveaux associant les organisations de producteurs. Il a été relevé aussi la nécessité de développer des approches coordonnées entre Ministères et de développer les échanges entre OP et le Ministère du Commerce, ainsi que de développer une stratégie autour du consommer local.

En conclusion, les organisateurs de l’atelier ont souligné sur les investissements dans l’agriculture sont fondamentaux pour développer et moderniser les exploitations familiales, et doivent être accompagnés de politiques adaptées, notamment à travers la mise en oeuvre de la LOASP et l’élaboration participative de la réforme foncière. Les participants se sont accordés sur le fait que les exploitations familiales sont les premiers investisseurs du pays et qu’à côté des investissements publics structurants, ce sont les dynamiques des acteurs à la base qui doivent être appuyées, en tenant compte de leurs besoins spécifiques (notamment pour les femmes). Il faut pour cela construire avec eux des mesures adaptées et négociées grâce au fonctionnement effectif de dispositifs de concertation. Les participants demandent donc que le CNCR et les autres plateformes nationales soient intégrés dans les différents dispositifs institutionnels de mise en oeuvre et de suivi-évaluation du PNIA. Un cadre multi-acteurs bâti autour des organisations de la société civile et des organisations de producteurs sera mis en place afin de veiller à la bonne mise en oeuvre de ces recommandations.

Voir aussi les photos et vidéos de l’atelier sur le [ site du CNCR->http://www.cncr.org/ ]