Think thank sur les politiques publiques dans le secteur agricole et rural en Afrique de l’Ouest

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Autosuffisance riz en Afrique de l’ouest en 2025 : rendez-vous pris pour 2025

La CEDEAO est engagée dans le développement du secteur riz avec une initiative qu’on appelle « l’Offensive Riz », laquelle vise à atteindre l’autosuffisance en 2025. Décideurs politiques, secteur privé, organisations de producteurs, Think tanks et partenaires techniques et financiers en ont jeté les jalons à Dakar.

21 janvier 2016

L’Afrique de l’Ouest se propose d’atteindre l’autosuffisance en riz à l’horizon 2025. L’atteinte de cette ambition passe-t-elle par la double culture ? Des suggestions jaillissent de la Conférence régionale sur le thème : « Améliorer les politiques d’autosuffisance en riz en Afrique de l’Ouest : défis et opportunités », organisée par Initiative Prospective Agricole et Rurale (Ipar, Sénégal), le Center for the study of the economies of Africa (CSEA, Nigeria) et le Centre ivoirien de recherches économiques et sociales (Cires). Trois Think tank des trois principaux pays importateurs de riz dans la région ouest-africaine. L’atelier, qui s’est tenu à Dakar du 12 au 14janvier, veut poser les jalons d’un « programme de recherche inclusif » en se fondant sur trois études de cas : Nigeria, Côte d’Ivoire et Sénégal. « C’est vrai que la double campagne de culture peut permettre d’augmenter très rapidement le volume des productions, mais ce n’est pas la seule voie », a dit Bio Goura Soulé, Chargé de programme au Laboratoire d’analyse régionale et d’expertise sociale (Lares, Bénin), avant d’ajouter que l’augmentation de la production est tributaire de deux systèmes complémentaires de production. « Il s’agit d’une augmentation des superficies emblavées selon les différents écosystèmes, d’une intensification qui peut revêtir d’autres formes que la double culture, notamment une utilisation plus importante de fertilisants et un meilleur encadrement des producteurs », a expliqué M. soulé, pour qui, le plus important c’est que le chemin d’intensification choisi soit bien maîtrisé par les producteurs. « En combinant une extension des superficies et une bonne fourniture des intrants aux riziculteurs, on peut arriver à une augmentation maîtrisée des volumes de production », a argumenté Bio Goura Soulé, soutenant que c’est pénible de faire deux campagnes par an.

Pénibilité de la double culture

La double culture est intéressante, mais pose de nombreux problèmes qui font que la plupart des riziculteurs arrivent rarement à la réaliser. Elle suppose une bonne organisation de la fourniture des services d’appui qui sont, selon M. soulé : « semences de variétés améliorées, engrais de bonne qualité, réalisation des infrastructures d’appoint (pistes de desserte, magasins de stockage du paddy), déploiement de moyens de lutte anti acridien, de moissonneuses et batteuses, etc ». Il estime ainsi que tous ces facteurs nécessaires « ne sont jamais bien réunis ». Cette situation fait que les producteurs concentrent souvent leurs efforts sur une campagne, de l’avis de du chargé de programme du Lares. Selon cet expert béninois, les producteurs ne font la seconde culture que de façon accessoire, préférant faire d’autres cultures de contre saisons, par ailleurs souvent plus rentables (tomate, oignon). « L’exercice de l’activité agricole est aussi sujette à la même rationalité que toute autre », a-t-il renchérit. Pourtant, de l’avis du Chargé de programme au Lares, il est plus aisé pour un si un grand nombre d’arriver à un volume équivalent de production totale (c’est-à-dire avoir en une seule campagne le tonnage à l’ha qui équivaut à celui de deux cultures additionnées), avec des stratégies et procédés d’intensification maîtrisés, qu’à un petit nombre de le faire en double culture sans appui bien suivi.

Alternative

Alors, l’expert agricole propose une alternative. « Avant d’inciter les producteurs à faire une double campagne, il faut s’assurer que les services à l’aval et à l’amont de la filière sont bien en place », a-t-il soutenu. Dans le cas contraire, a précisé Bio Goura Soulé, on court vers des risques importants de perte, qui vont décourager les riziculteurs. « L’exemple de la vallée du Sénégal est illustratif à cet effet », a-t-il démontré. Selon lui, il vaut mieux faire une seule campagne, puis faire de la tomate, de l’oignon, etc., à la place de seconde campagne. « Cela pour deux raisons : mieux gérer la fertilité du sol par une rotation des cultures qui ont des exigences différentes, limiter les risques liés à la culture unique de riz, notam¬ment les pertes post-récolte ».

L’offensive 2025 de la CEDEAO

La CEDEAO est engagé dans le développement du secteur riz avec une initiative qu’on appelle « l’Offensive Riz » qui vise donc à atteindre l’autosuffisance en 2025. Cependant, cet objectif sera difficile à atteindre pour les pays de l’Afrique l’Ouest, d’après Ibrahima Hathie, directeur de recherche de l’Initiative prospective agricole et rurale du Sénégal ((par), ajoutant que même s’il y a beaucoup d’efforts qui sont faits pour augmenter la production, la demande augmente très rapidement, du fait de la forte croissance de la population. « Ce qui est sûr est que tous les pays ne pourront pas atteindre l’autosuffisance aux échéances qu’ils se sont fixés », a souligné Bio Goura Soulé. Dans l’ensemble, a-t-il révélé, on pense que seuls quatre pays sur les quinze de la CEDEAO ont la possibilité réelle d’atteindre l’autosuffisance (Nigeria, Côte d’Ivoire, Mali, Guinée) et dans une moindre mesure le Sénégal. « Le potentiel de production, la cohérence des politiques publiques, l’évolution des efforts au cours des dix dernières années soutiennent cette hypothèse », a expliqué M. Soulé. Selon l’expert agricole de l’Ipar, Ibrahima Hathie, une augmentation annuelle de « 8% du taux de production du riz est nécessaire, si les pays de la CEDEAO veulent atteindre l’autosuffisance en riz en 2025 ». Pour lui, au lieu de se fixer dans un avenir proche des objectifs d’autosuffisance, il faut pour chaque pays se fixer des objectifs de gain (augmenter la productivité locale) sur la demande de sorte qu’on évo¬lue au fur et à mesure afin d’atteindre cette autosuffisance sur le long terme. « Les Etats sont certes en train de consentir beaucoup d’efforts pour booster le secteur rizicole, mais ce ne sont pas seulement des efforts en matière d’intrants de matières agricoles qu’il faut faire. Il faut aussi former les producteurs et cela prend du temps », a indiqué M. Hathie.

Menace de pénurie

Une menace de pénurie de riz pèserait bien sur l’Afrique si la Chine continue d’en importer au rythme actuel et que le continent ne fait pas d’efforts pour être autosuffisant à 80%. L’alerte émane de Michael Kaase Aondoakaa, ancien ministre de la Justice du Nigeria, qui investit désormais dans l’agriculture industrielle. « L’Afrique encourt des risques de perturbation sur ses importations en riz. La Chine a importé 3 millions de tonnes de riz en 2015 pour sa consommation. Le continent pourrait alors faire face à des problèmes si elle n’y prend garde », a dit le représentant la filiale Mikap Rice dans les colonnes du journal « Sud Quotidien ». « La Chine n’était pas importatrice de riz. Si elle continue d’en importer au même rythme qu’elle le fait aujourd’hui, il y aura alors un problème parce qu’il n’y aura même pas de riz à importer pour l’Afrique de l’Ouest ou pour tout le continent africain, à cause de sa forte population », a souligné l’ancien garde des sceaux de la République fédérale. « La Chine était autosuffisante, mais depuis l’année dernière, elle a commencé à importer du riz pour satisfaire la demande de ses populations », a-t-il appris. Avant de renchérir : « Alors, si cette tendance se poursuit, nous devrons nous préparer à être autosuffisant au moins à 80%. Parce que la crise de 2008, durant laquelle il y avait une pénurie de riz dans le monde entier, nous avait contraints à quémander du riz un peu partout ». Cette menace qui pèse sur l’Afrique devrait permettre aux décideurs de prendre des mesures de sécurité en stimulant la production.


La Gazette N°296 Janvier 2016
Pape Mayoro NDIAYE