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Contribution de l’IPAR au processus d’amélioration des pratiques de subventions agricoles au Sénégal

En 2015, L’IPAR a mené une étude sur « Traçabilité et impacts des subventions agricoles ». Elle s’est intéressée aux principales orientations stratégiques, aux contraintes, aux réussites et aux échecs notés dans les subventions agricoles.

L’étude a révélé des limites dans la politique de subvention des intrants agricoles portant notamment sur :
i) les modalités d’accès et de distribution,
ii) les coûts élevés,
iii) le manque de transparence du système à tous les niveaux,
iv) la qualité souvent médiocre et le trafic vers les pays limitrophes.

La distribution des intrants est disproportionnée, les grands exploitants cultivant les superficies les plus importantes reçoivent la plus grande part de la subvention tandis que la majorité des petits agriculteurs reçoivent de petites quantités. Ainsi, les agriculteurs possédant plus de 5 hectares et représentant 53,1% des ménages agricoles, bénéficient de près de 62,7% des intrants subventionnés.

Les résultats de l’étude ont servi de base de discussion d’une table de concertation sur les perspectives d’amélioration des pratiques en matière de subventions agricoles qui s’est tenue en mai 2016. L’atelier organisé en collaboration avec le PAISC, a réuni l’Etat notamment les représentants des Ministères de l’Economie, des Finances et du Plan, de l’Agriculture et de l’Equipement Rural, de l’Intégration Africaine et de la Promotion de la Bonne Gouvernance, de l’Assemblée Nationale, du Conseil Economique, Social et Environnemental, des acteurs de la société civile, des représentants du secteur privé (producteurs et distributeurs de semences, producteurs et distributeurs d’engrais et produits phytosanitaires, vendeurs et distributeurs de matériels agricoles etc.), des instituts de Recherches et des partenaires techniques et financiers.

En mars 2018, une seconde table de concertation a été organisée à Kaolack, au coeur du bassin arachidier avec les acteurs de la filière arachidière. Il s’agissait, au sortir de la campagne agricole 2016 – 2017 et à travers cette rencontre inédite, de faire le point sur l’état de mise en œuvre des recommandations formulées par les parties prenantes lors de la première table de concertation, notamment pour la filière arachidière. Au sortir de l’atelier, un comité de suivi a été mis en place. Il est présidé par le Gouverneur de la région et est composé des parties prenantes représentées à l’atelier dont des organisations de producteurs, des huiliers, des services publics d’appui et des privés semenciers.

Quels ont été les résultats de l’action ?

Ces différentes activités de recherche et de dialogue ont été relayées par des médias reconnus tels « Le Soleil » et « Sud Quotidien ». Les réformes proposées ont reçu le soutien d’importants groupes d’acteurs mais ont suscité parfois des réticences de quelques acteurs clé. Des signes encourageants sont déjà perceptibles dans ce processus de réforme du système de distribution des subventions.

En Octobre 2017, les autorités reconnaissent à travers la Revue conjointe du secteur agricole (RCSA 2016), que la plateforme e-subvention créée pour améliorer le ciblage des bénéficiaires de subventions, n’a pas eu les effets escomptés du fait de multiples contraintes. Plus récemment, dans le cadre de la définition de son programme d’intervention centré sur la protection sociale, la délégation de l’Union Européenne a, de commun accord avec le gouvernement du Sénégal, décidé de cibler les petits producteurs les plus pauvres pour leur assurer un accès privilégié aux subventions aux intrants.
Enfin, le Ministère de l’agriculture et de l’équipement rural a lancé un audit du fichier des gros producteurs dans le but de s’assurer que les subventions accordées à cette catégorie sont réellement réinvesties dans la production agricole. Les progrès sont donc tangibles même si beaucoup reste à faire. Les principales parties prenantes se sont maintenant approprié le processus, en fondant leur plaidoyer sur les résultats de la recherche conduite par l’IPAR. Le Ministre de l’économie des finances et du plan a d’ailleurs adressé à l’IPAR une lettre de félicitations et d’appréciation.