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Dossier : Plan Sénégal émergent : Ces projets phares de l’agriculture et de l’agro-industrie

2 juin 2014

Le Sénégal s’apprête à aller au Groupe consultatif de Paris, les 24 et 25 février prochains, pour chercher le financement complémentaire du Plan Sénégal émergent (Pse). Après avoir couvert les différentes rencontres sur le sujet, « Le Soleil » vous expose en détails les projets phares du Pse et vous propose les éclairages d’éminents responsables du ministère de l’Economie et des Finances impliqués dans cette stratégie de développement.

Aujourd’hui, nous vous proposons les projets dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche.

100 À 150 FERMES AGRICOLES INTÉGRÉES PRÉVUES
Pour mettre en œuvre le Plan Sénégal émergent (Pse), l’Etat compte s’appuyer sur différents secteurs clés de l’économie, y compris l’agriculture et l’agro-alimentaire. Ainsi, le gouvernement prévoit de réaliser 100 à 150 fermes agricoles intégrées afin de développer l’agriculture commerciale.
Dans le cadre du projet Plan Sénégal émergent (Pse), l’Etat mise sur les secteurs identifiés pour servir de moteurs à la croissance inclusive et à la transformation de la structure de l’économie au cours des prochaines années. Le gouvernement, dans le but de développer l’agriculture commerciale, promet de mettre en place 100 à 150 fermes agricoles intégrées. Elles constituent des projets d’agrégation visant le positionnement du Sénégal comme exportateur majeur de fruits et légumes à haute valeur ajoutée.

Erection de trois zones greniers
Ces fermes devront permettre la multiplication des exportations par 2 à 3 et les filières d’élevage (lait, aviculture, etc.) ; l’organisation des petits producteurs agricoles autour de gros opérateurs modernes et industriels, à travers le développement de mécanismes de contractualisation intégrant le financement de l’activité. Grâce à ces fermes agricoles intégrées, l’Etat espère créer trois zones greniers qui constitueront des corridors céréaliers. Ces derniers visent le développement et l’intensification de bassins agricoles irrigués pour réduire de moitié le déficit de la balance commerciale sur les cultures céréalières (mil, riz et maïs), dans une optique d’autosuffisance alimentaire sur le long terme (un million de tonnes de riz en 2018).

Ces zones doivent servir de support à l’émergence de grands acteurs structurés (notamment l’attrait d’investisseurs étrangers pour la création de « méga fermes ») et au développement de la transformation (farine de mil, riz, fonio, etc.). Dans la même dynamique, il est prévu également l’établissement de trois pôles de transformation agroalimentaire (agropoles intégrées) pour le développement d’une agro-industrie à haute valeur ajoutée dans le domaine de la transformation des fruits et légumes, des huiles, des produits laitiers, des céréales et de l’aviculture.

200 MICROPROJETS ENVISAGÉS POUR BOOSTER L’AGRICULTURE FAMILIALE
Le développement intégré de l’agriculture familiale se matérialisera, entre autres, par la mise en place de 150 à 200 microprojets conçus pour être exécutés au niveau local. Ils ont pour but d’intensifier la production (40 à 50 projets) par l’augmentation de la productivité et une meilleure valorisation des exploitations existantes et de diversifier (100 à 130 projets) les sources de revenus agricoles pour les agriculteurs, grâce à des productions additionnelles à haute valeur ajoutée (apiculture ou plantes aromatiques par exemple). S’y ajoute la reconversion progressive (10-20 projets) des exploitants vers des productions à plus haute valeur ajoutée (cultures maraîchères ou fruitières par exemple).

L’adhésion récente du Sénégal à la Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition (Nasan) devrait contribuer à renforcer la mobilisation des financements public-privé plus importants au profit de l’agriculture et de la sécurité alimentaire en particulier. Plusieurs pré-requis conditionnent la réussite de la mise en place des lignes d’actions pour la relance du secteur agricole et de l’agro-alimentaire. Il s’agit notamment de la maîtrise de l’eau, du renforcement de la qualité des sols, de la modernisation de l’outillage et de l’amélioration de l’accès aux intrants de qualité (semences certifiées), au foncier, aux marchés, au financement adapté. Non sans oublier le développement des chaînes de valeurs, l’appui technique et le conseil agricole, la structuration des filières et le renforcement des interprofessions.

UN OBJECTIF D’UN MILLION DE TONNES D’ARACHIDE ATTENDU D’ICI À 2017
Dans le Pse, les experts projettent sur un objectif de production d’un million de tonnes d’arachide d’ici à 2017. Pour ce faire, ils préconisent la relance de la production nationale d’arachide. Faudrait-il aussi une substitution de 20 à 30% de la consommation d’huiles importées par des huiles d’arachide produites localement par le biais d’un renouvellement de l’outil industriel, la structuration/mise aux normes des unités de fabrication d’huiles artisanales et les incitations au développement de nouvelles filières de transformation. Cela, pour capter le potentiel de l’arachide de bouche et la promotion de la consommation locale d’huile. Le développement de l’agriculture et de l’économie rurale doit être accompagné par la promotion des Pme/Pmi et le soutien du secteur industriel et d’autres services marchands, prônent les autorités du Pse.

La dynamique de structuration des filières productives, déjà engagées dans le cadre des grappes de croissance, devra être maintenue et renforcée afin de tirer profit des potentialités qu’offrent ces secteurs et filières en termes de contribution à la croissance économique et à la diversification des sources de la croissance. Dans ce contexte, observe-t-on dans le document du Pse, une intégration efficace aux marchés extérieurs garantit les chances de redéploiement de l’économie nationale à travers une meilleure structuration da la chaîne agroalimentaire.

VERS UNE RELANCE DES FILIÈRES CLÉS DE L’ÉLEVAGE
Concernant le secteur de l’élevage et des productions animales, le Pse prévoit le développement accéléré des filières clés d’élevage (bétail-viande, lait, cuirs et peaux, aviculture). Cette relance devrait s’appuyer sur l’amélioration de la productivité et de la compétitivité des filières animales ; le renforcement des infrastructures de transformation, de conservation et de commercialisation de la production animale, avec une meilleure intégration dans la filière industrielle et une meilleure structuration des segments industriels et familiaux des filières lait local, bétail-viande et aviculture, ainsi que des cuirs et peaux. Toutefois, les autorités devraient faire face aux nombreuses préoccupations qui caractérisent actuellement ce secteur. Il s’agit, entre autres, de la mise en place des infrastructures et équipements pastoraux, l’écoulement des produits, l’amélioration de la santé animale et des conditions sécuritaires, ainsi que des financements appropriés. Ce sont autant de préalables qu’il faudra régler afin d’atteindre les objectifs assignés au secteur de l’élevage et de la production animale.

 LA GESTION DURABLE DES RESSOURCES HALIEUTIQUES EN LIGNE DE MIRE
La pêche et l’aquaculture n’ont pas été laissées en rade dans le Pse. Des opportunités dans ce secteur primaire seront capitalisées à travers la gestion durable des ressources halieutiques par l’aménagement des pêcheries ; le développement d’une aquaculture compétitive par la création de stations de production au sein d’espaces aménagés avec des infrastructures adéquates et la structuration d’une filière aquacole intégrée. A cela s’ajoute l’accroissement de la valorisation des ressources halieutiques à travers l’érection de pôles industriels intégrés de transformation industrielle et artisanale. Les défis à relever dans ce secteur concernent l’adaptation du cadre réglementaire, la réalisation d’infrastructures de débarquement, de stockage et de transformation, l’amélioration des conditions de commercialisation et de mise aux normes des produits. Les autres obstacles à surmonter sont relatifs à la production d’intrants de qualité et au renforcement des moyens de contrôle pour l’accès à la ressource et le financement.
A. DIAW
 

DIAGNOSTIC ECONOMIQUE ET SOCIAL : LE SÉNÉGAL DÉTERMINÉ À COMBLER SON RETARD
Les défis que le Sénégal doit relever sur le chemin du développement sont nombreux. Au rythme où l’économie avance, notre pays aura du mal à atteindre l’émergence. Le Plan Sénégal émergent vient donner un coup de fouet à la cadence.

Le diagnostic économique et social du Sénégal justifie amplement la nécessité de lancer une nouvelle stratégie de développement pour tirer le pays de la pauvreté et atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (Omd). Avec une population de 13,9 millions d’habitants, le Sénégal en est à sa troisième phase de transition démographique, caractérisée par une baisse de la natalité et de la mortalité, ralentissant ainsi la croissance de la population. Laquelle est majoritairement jeune, avec un taux de croissance annuel de 2,7% par an, les moins de 15 ans représentant 42,6% de la population totale. Cette jeunesse de la population et des performances économiques moyennes ont entraîné une forte demande en services sociaux et en emplois. La pauvreté sévit dans toutes les régions, avec une incidence forte de 57,3% en zone rurale. Cette incidence est de 46,7% en 2011 pour une cible de 34%. Les services sociaux de base ne sont pas convenablement assurés. Selon le document sur le Pse, l’offre d’éducation est insuffisante. Le système éducatif étant confronté à un problème d’efficacité interne. Le taux d’achèvement du cycle primaire est à 66,7% pour une cible de 90%. Les indicateurs de santé sont toujours loin des Omd, en dépit des progrès réalisés. 72 enfants de moins de cinq ans sur 1.000 meurent, 392 mères sur 100.000 décèdent en donnant la vie. Le seul bémol, c’est la maîtrise de la prévalence du paludisme et du Vih Sida à 0,7%. L’habitat et le cadre de vie restent confrontés à une urbanisation rapide et mal maîtrisée, alors que la protection sociale ne couvre que 20 % de la population. L’assainissement est à 63,3% en zone urbaine et 34,3% en zone rurale. Les résultats dans la lutte pour l’accès à l’eau potable sont acceptables en milieu urbain (98,7%) mais moins dans le monde rural (80,1%) pour des objectifs de 100%.

Sur le plan macroéconomique, les marges de manœuvre sont très limitées. La courbe de croissance de notre pays s’inscrit dans une dynamique de progression, mais insuffisante et présentant des signes d’essoufflement et de fragilité depuis 2005. Le Sénégal peine à dépasser 4% de croissance. L’agriculture, pratiquée sur des sols dégradés, reste tributaire des aléas climatiques. Le tissu économique se caractérise par une prédominance de l’informel qui génère près de 95% des emplois et contribue à environ 50% du Pib. La balance commerciale s’est installée dans un déficit structurel devenu lourd et en nette aggravation. Le Sénégal est très limité en matière de diversification de produits d’exportations qui tournent essentiellement autour des phosphates, de l’or, des produits de la pêche, du ciment.

Parmi les handicaps pesants de notre pays, on peut citer la question de l’énergie, la faiblesse de la taille de notre marché intérieur et de notre intégration régionale, en dépit de notre position géographique. Les infrastructures de transport sont à améliorer, de même que la connectivité aérienne. A côté, il y a des avantages de taille, à l’instar de la stabilité du cadre macroéconomique, la stabilité politique, le développement du marché financier, le positionnement logistique, les efforts dans l’amélioration de l’environnement des affaires, les infrastructures de l’information et des télécommunications, etc. Les faiblesses, tout comme les avantages, sont autant d’arguments pour avoir une ambition plus grande : l’émergence. Avec le Plan Sénégal émergent, il s’agit de mettre les bouchées doubles dans les domaines où nous accusons du retard et de se servir des avantages comme d’un tremplin pour se hisser plus haut.
Malick CISS

 PIERRE NDIAYE, DIRECTEUR DE LA PREVISION ET DES ETUDES ECONOMIQUES : « LE PSE S’INSCRIT DANS UNE LUTTE PLUS SOUTENUE CONTRE LES INÉGALITÉS SOCIALES »
Expliquant les axes et principes du Plan Sénégal émergent, le patron de la Direction de la prévision et des études économiques (Dpee), Pierre Ndiaye, fait comprendre que cette stratégie de développement vise surtout à améliorer significativement les conditions de vie des populations. Le Pse, ajoute-t-il, s’inscrit dans « une lutte plus soutenue contre les inégalités sociales tout en préservant la base de ressources et en favorisant l’émergence de territoires viables ».

Quels sont les principaux axes du Plan Sénégal émergent ?
Permettez-moi d’abord de rappeler que le Plan Sénégal émergent est adossé à une vision, celle d’« Un Sénégal émergent en 2035 avec une société solidaire dans un Etat de droit ». Les orientations stratégiques qui guideront les initiatives à prendre pour traduire cette vision en actions et résultats tangibles pour le bénéfice des populations s’appuient sur trois axes visant une transformation structurelle de l’économie à travers la consolidation des moteurs actuels de la croissance et le développement de nouveaux secteurs créateurs de richesses, d’emplois, d’inclusion sociale et à forte capacité d’exportation et d’attraction d’investissements. Cet axe s’inscrit dans une option de développement plus équilibré, de promotion de terroirs et des pôles économiques viables afin de stimuler le potentiel de développement sur l’ensemble du territoire. Il vise aussi une amélioration significative des conditions de vie des populations, une lutte plus soutenue contre les inégalités sociales tout en préservant la base de ressources et en favorisant l’émergence de territoires viables. Il est prévu le renforcement de la sécurité, de la stabilité et de la gouvernance, de la protection des droits et libertés et de la consolidation de l’Etat de droit afin de créer les meilleures conditions d’une paix sociale et le plein épanouissement des potentialités.

Quelles seraient les retombées économiques, sociales et sanitaires de l’émergence pour les Sénégalais ?
Les retombées de la croissance résultant de la mise en œuvre du Pse permettront de renforcer l’offre d’infrastructures et de services sociaux de base, d’assurer la protection sociale et l’autonomisation des groupes vulnérables, l’accélération de l’atteinte des Omd et de meilleures conditions pour un développement durable. Il s’agit, en particulier, de renforcer l’éducation de qualité pour tous, la prise en charge de la santé de la mère et de l’enfant, l’accès à un cadre de vie amélioré et la réduction de la dégradation de l’environnement.

Pouvez-vous nous expliquer la place importante que la gouvernance occupe dans le Pse ?
Un profil de gouvernance approprié est un facteur important pour la croissance et le développement. L’expérience de la période récente dans notre sous-région a été suffisamment riche pour bâtir un consensus sur un certain nombre de principes à élever au rang de règles de gestion du processus de développement. Ces principes sont la paix, la démocratie et la sécurité ; la gestion vertueuse des ressources publiques ; un alignement de la structure des dépenses publiques sur les priorités de développement ; l’éthique, la transparence et une attention continue sur la reddition des comptes ; l’efficacité de la dépense publique et l’existence de cadres fonctionnels de dialogue sur les politiques publiques. Le respect de ces cinq règles requiert la foi dans des valeurs partagées, en vue de susciter et d’entretenir la confiance réciproque entre les différents acteurs : gouvernement et administrations publiques, collectivités locales, secteur privé, société civile et partenaires techniques et financiers. Le Pse place l’efficacité économique et financière, la participation des populations locales ainsi que la protection des droits fondamentaux des hommes et des femmes au rang des principes devant accompagner le processus de développement.

Quels seront les fondements de cette émergence que le Sénégal vise ?
Pour atteindre les objectifs du Pse, il est impératif de réunir les conditions préalables ou les fondements de l’émergence liés au règlement de la question vitale de l’énergie, à la mise en place d’infrastructures de dernière génération pour le soutien à la production, à l’amélioration de l’environnement des affaires, au renforcement du capital humain et à la satisfaction des besoins de financement de l’économie, à travers le doublement au moins des crédits accordés à l’économie, à l’instar des standards dans les pays émergents. L’enjeu essentiel pour la réussite du Pse exige de fortes capacités d’impulsion de l’Etat et un leadership fort. Le Sénégal engagera, à cet effet, un programme accéléré de réformes pour la modernisation de l’administration publique dans le but de l’adapter aux exigences de performance induite par la Stratégie.

Il faut nécessairement procéder à des réformes. Où en êtes-vous à ce niveau ?
Beaucoup de mesures ont déjà été initiées, notamment la finalisation du plan de développement du parc de production d’électricité, fondé sur une politique de mix énergétique associant le charbon, le gaz naturel, l’hydroélectricité et les énergies renouvelables. Je peux aussi citer la finalisation du plan de restructuration opérationnelle et financière de la Senelec. Il y a également les mesures visant à restaurer les marges de manœuvres budgétaires de l’Etat, telles que l’accroissement des recettes budgétaires (modernisation des administrations fiscales) et la rationalisation des dépenses publiques (restructuration des agences, suppression des logements conventionnés, plafonnement de la facture de téléphone de l’administration, etc.) ; la rénovation de l’environnement institutionnel et juridique du partenariat public-privé ; la mise en place du Fonds souverain des investissements stratégiques (Fonsis), de la Banque nationale de développement économique (Bnde) et du Fonds national de garantie et d’investissements Prioritaires (Fongip), etc. D’autres réformes devront être menées ou poursuivies d’ici à 2016 pour améliorer substantiellement l’environnement des affaires. Elles porteront en particulier sur l’automatisation des procédures administratives, la mise en place d’un dispositif fiscal et juridique incitatif et simplifié, l’amélioration de la compétitivité des facteurs de production et la promotion de l’investissement à fort impact. Ces réformes devront également être accompagnées par une diplomatie économique proactive, un approfondissement de l’intégration régionale pour renforcer la stabilité régionale, saisir les opportunités par les marchés extérieurs et favoriser une plus forte implication des Sénégalais de la diaspora dans les efforts de développement national.
Propos recueillis par Malick CISS