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Emploi des jeunes et migrations en Afrique : La précarité des emplois, cause de départ

16 février 2015

Les politiques publiques en faveur du développement agricole ne prennent pas toujours en compte ou de manière pas toujours adaptée les jeunes qui constituent la majorité des actifs. L’Initiative prospective agricole et rurale (Ipar) a restitué hier deux ans d’études sur « Emploi des jeunes et migrations en Afrique » qui met le focus sur la situation dans les zones agricoles et le rôle des jeunes dans ce système.

Le retour à la terre prônée dans le cadre du Programme d’accélération de la cadence de l’agriculture sénégalaise (Pracas) va avoir du mal à se concrétiser. La majorité des actifs du Sénégal, c’est-à-dire les jeunes, n’ont pas beaucoup de motivations. Le système agricole au Sénégal n’est pas très attractif. La restitution du rapport de l’Initiative prospective agricole et rurale (Ipar), avant-hier à Dakar, a démontré que les jeunes rencontrent beaucoup de difficultés dans la pratique de l’agriculture. Ils sont mal organisés et mal structurés. Ils n’ont souvent pas accès au foncier. Les établissements financiers ne leur font pas confiance du fait de leur manque d’expérience.

L’étude intitulée « Emploi des jeunes et migrations en Afrique », menée en collaboration avec le Centre de recherche pour le développement international, a tenu compte de deux caractéristiques principales : les zones où il y a la maîtrise de l’eau et les zones où l’agriculture est pluviale. « On se rend compte que les zones où il y a l’agriculture pluviale sont des zones à risques, où il y a un départ important de migrants ruraux qui quittent pour aller soit dans les zones urbaines soit dans les zones à agriculture irriguée », a souligné le docteur Ibrahima Hathie, directeur de la recherche à l’Ipar. Le ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural, venu présider la cérémonie, a appelé à « créer les conditions d’un exode urbain massif et réduire à sa plus simple expression l’exode rural ».
Dr Hathie a par ailleurs explicité : « Parmi les résultats que nous avons trouvés, nous avons confirmé notre hypothèse de départ que les marchés de travail dans les zones pluviales sont des marchés où la demande de travail n’est pas très importante. Il y a bon nombre de jeunes qui n’ont pas d’activités en dehors de trois mois d’activités et qui sont obligés de partir. Nous avons vu aussi que ceux qui partent vont généralement en milieu urbain et on s’est rendu compte que les revenus, même s’ils sont modestes, sont plus importants que ce qu’ils ont sur place. » L’expert en a donc tiré les leçons suivants, qui sont autant de conseils pour les décideurs. « Cela veut dire que dans les zones de départ, il faudrait des politiques publiques qui permettent de créer cette demande-là, notamment en investissant davantage dans la maîtrise de l’eau, en faisant en sorte que les chaînes de valeurs puissent être développées pour qu’au-delà des productions, on travaille plus sur l’aval des filières et qu’on offre beaucoup plus de possibilités. Malgré les problèmes, c’est l’agriculture qui reste la principale pourvoyeuse d’emplois dans cette zone. »

« Chômage déguisé » des jeunes en zones agricoles
L’agriculture offre le plus grand nombre d’emplois et cela implique que le chômage est moins présent dans les zones rurales. Cependant, cela est à relativiser. « Derrière les chiffres de l’emploi des jeunes, se cache ce que d’aucuns appellent du ‘’chômage déguisée’’ et qui transparaît dans les perceptions qu’ont les jeunes des notions de chômeur, de sous-employé et d’inactif, utilisées de manière interchangeable. En réalité, les jeunes hommes et femmes sont plus confrontés aux rigueurs du sous-emploi et de l’inactivité (à noter que la ligne de démarcation entre les deux est assez ténue). Cette situation est en partie tributaire de la demande et de l’offre du marché du travail », lit-on dans le rapport des chercheurs de l’Ipar. De plus, la plupart des actifs occupés sont des aides familiaux. Autrement dit, ils travaillent à titre dépendant dans une entreprise exploitée par un parent et sont rémunérés exclusivement en nature. Ils sont de plus confrontés à un manque de formation.
Les jeunes qui sont parvenus à être des chefs d’unité de production agricole ne pèsent pas lourd. Ils représentent 6,17% des jeunes occupés, mais ce chiffre cache des disparités. « On note une proportion relativement plus élevée de jeunes chefs d’unité de production agricole dans le Delta, comparé aux jeunes des autres zones étudiées. Toutefois, la proportion reste faible dans toutes les zones, soit 11,55% dans le Delta, 5,59% dans les Niayes et 4,90% dans le Bassin arachidier », informe le rapport. Les jeunes femmes ont encore plus de mal à accéder à la terre. Elles sont 29,2% à être propriétaires contre 70,8% pour les jeunes hommes.
L’enquête menée auprès de 1 500 ménages a mis en exergue « une certaine précarité des jeunes travailleurs dans les zones de départ, caractérisés par de faibles niveaux de revenus et peu d’opportunités économiques ». Afin d’améliorer le fonctionnement des marchés de travail ruraux en faveur des jeunes, les experts de l’Ipar ont formulé des recommandations pour faciliter l’accès et le contrôle des ressources productives aux jeunes ruraux, la prise en charge des besoins d’information sur les marchés ruraux du travail, le renforcement des capacités des jeunes et la facilitation des transferts des compétences, et enfin s’occuper de la rémunération des aides familiaux.

agueye@lequotidien.sn Awa GUEYE, 14 février 2015

Source : http://www.lequotidien.sn/new/index.php/economie/emploi-des-jeunes-et-migrations-en-afrique-la-precarite-des-emplois-cause-de-depart.html