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L’ISRA l’a échappé belle : Abdoulaye Wade a voulu fermer l’institut et réaffecter ses 12.000 hectares

1er juin 2014

L’institut phare de la recherche de notre pays l’a échappé belle. L’ISRA (Institut sénégalais de recherches agricoles) qui se meut dans d’énormes difficultés depuis plusieurs années, a failli être « mangé » à la sauce foncière sous l’ancien régime.

L’ancien président Abdoulaye Wade a voulu tout bonnement la fermer et réaffecter ses 12 000 ha.

« L’ISRA a frôlé le pire. L’ancien président de la République a failli fermer l’ISRA ». Conséquence, ces 45 centres ou sites qui représentent « son foncier, quelque 12000 ha », devaient être réaffectés par la suite. La révélation est du Dr Macoumba Diouf, directeur de l’ISRA, il y a quelques semaines, alors qu’il accueillait une visite de députés membres de la Commission « Développement et aménagement du territoire de l’Assemblée nationale ».

Faces aux difficultés qu’il a traversées entre 2000 et 2012 (fuite des cerveaux, centres fermés, budget, financements équipements et logistiques inadéquats et insuffisants), l’institut faisait face à des velléités de fermeture. Toutefois, le directeur de l’ISRA a précisé qu’il s’agissait d’ « individus » malintentionnés qui ont tenté de manipuler l’ancien chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade, pour des desseins inavoués. « Ce sont des individus malintentionnés qui étaient derrière l’autorité. A quelles fins ? Je l’ignore. Mais a chaque fois que nous étions devant l’autorité, nous lui avons expliqué que ce n’était pas envisageable et elle a compris, même si c’était limite ».

Se félicitant des actions actuelles en direction de l’Isra par rapport aux contraintes et la fuite des cerveaux dont l’institut a souffert ces dernières années, M. Diouf estime que « Le personnel est désormais motivé avec l’adoption d’un nouveau texte. La question des salaires est réglée. Au lieu d’environs 400 millions par an, les autorités comprenant que la recherche est la locomotive de l’agriculture, donc du développement, ont mis 3,5 milliards FCfa pour les pré-bases, pour la reconstitution du capital semencier pour toutes les espèces (voir par ailleurs). C’est cette pertinence qui tranche d’avec les velléités du régime précédent », avait salué Macoumba Diouf.

Autosuffisance en riz, c’est possible…

C’est dire que l’agriculture au sens large (agriculture, élevage et pêche) du Sénégal a été sauvée de justesse. Que dire du secteur de la foresterie, sachant que les recherches de l’ISRA intéressent quatre ministères de développement à savoir ceux de l’Agriculture, de l’Elevage, de la Pêche et de l’Environnement ? En fermant ou maintenant l’ISRA dans des difficultés, la lutte contre la pauvreté, l’insécurité alimentaire et pour le développement durable étaient voués à l’échec en ce sens que les autorités entendent s’appuyer sur l’agriculture qui occupe près de 70% de la population pour réussir le décollage économique du pays.

Cela est d’autant plus important que l’ISRA évolue dans cinq (5) domaines de recherche : les productions végétale, animale, forestière, halieutique et la socio économie rurale. Il a un dispositif de recherche qui lui vaut une présence remarquée dans le pays même si certaines régions sont encore à pourvoir grâce à la demande locale. C’est le cas de Matam avec l’agriculture de décrue et Kédougou avec l’émergence et la trouvaille de nouvelles variétés de fonio et la riziculture pluviale.
Par production végétale, il faut comprendre les semences et leurs différentes variétés, un domaine dans lequel l’institution s’est beaucoup fait remarquer. Par exemple pour le riz, grâce à l’ISRA, 70% des parcelles peuvent être emblavées en irrigué, avec une possibilité de « rendement de 6,5 tonnes à l’hectare avec des pics de 9 à 10 tonnes à l’hectare, donc plus que le Vietnam qui nous vend du riz et qui est à une production de 3,5 tonnes à l’hectare. Nous avons 42 variétés de semences de riz homologuées : 22 en irrigué et 20 en pluvial, dont 5 NERICA pour le pluvial et 4 variétés parfumées. Désormais, grâce à la recherche, le riz est cultivable partout au Sénégal, même au niveau des sols à forte teneur en sel (Fatick). Donc l’autosuffisance en riz est possible, il suffit d’une volonté politique », a assuré Dr Macoumba Diouf.

Dans le même domaine, d’autres spéculations entre dans le champ de recherche de l’ISRA, notamment des variétés pour le développement agroalimentaire (mil, sorgho, maïs…), les tubercules (manioc, patate -enrichie à la vitamine A-, pomme de terre…), la banane et même le blé (blé tendre : amal, ashtar) qui, désormais, « peut être cultivé au Sénégal avec une production de plus 4 tonnes à l’hectare », confirmant la trouvaille de chercheurs depuis plusieurs décennies, a soutenu le directeur de l’IRSA.

Domestiquer les « soump », « madd », « ditah »…

Pour ce qui est de la production forestière, l’ISRA investit le créneau de la domestication de certaines variété de fuit sauvage et cueillette, du fait de leur utilité pour l’homme, pour prévenir les effets des changements climatiques sur ces espèces et vu leur vieillissement. Il s’agit dès lors d’amener à planter ces variétés que sont le baobab, le jujubier (jujubus), le tamarinier, le « soump », le « madd », le « ditah »…Du point de vue de la production animale et santé, c’est l’ISRA qui a trouvé et fourni tous les vaccins qui servent à vacciner le cheptel au Sénégal. Et, certains pays viennent s’en procurer chez-nous. Il en est de même pour l’aviculture qui, également, se sert des expertises de l’institut. Pour la production halieutique, l’Etat a recours à l’ISRA qui est son conseiller technique en négociation des accords de pêche, sur le repos biologique. « C’est nous qui déterminons sur quelles espèces signer des accords de pêche, les mailles des filets, le repos biologique pour préserver les espèces », a dit Macoumba Diouf, précisant que l’institut intervient aussi dans la socio économie rurale.

 
Source : http://xalimasn.com/lisra-la-echappe-belle-abdoulaye-wade-a-voulu-fermer-linstitut-et-reaffecter-ses-12-000-hectares/