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Mamadou Cissokho, Président d’honneur du CNCR

1er juin 2014

Mamadou Cissokho est le Président d’Honneur du Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) et du Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux (CNCR). Son itinéraire se confond avec celui du mouvement associatif sénégalais dont il est l’un des principaux bâtisseurs.

Au fil des ans, il a contribué à la création de diverses associations dont la Fédération des Organisations Non Gouvernementales du Sénégal (FONGS) et le Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux (CNCR), avant d’être un des initiateurs du réseau des organisations paysannes de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), lequel voit le jour en 2000. Il est aussi l’un des facilitateurs de la création de la PAFFO (Forum Panafricain d’Agriculteurs) créée en octobre 2010 au Malawi.

1. Vous avez contribué à la création de la PAFFO (Forum Pan Africain d’Agriculteurs) lancée au Malawi à la fin du mois d’octobre 2010. Quelles sont les raisons de la création de cette plateforme ?

Il y a eu une évolution politique en Afrique. En 1965, les chefs d’Etats des pays à gouvernements indépendants ont créé l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) avec un grand objectif de faciliter l’accès de tous les pays africains à l’Indépendance et créer une solidarité entre les pays. Il y a ensuite eu dans les différentes régions un processus d’intégration économique, sociale et culturelle au niveau des cinq régions : CEDEAO, PADEC, UMA, etc. En 2000, il y a eu un mouvement de l’OUA vers l’Union Africaine pour développer un leadership africain dans un contexte de globalisation et de mondialisation, qui était vu comme une marginalisation de notre continent.
Nous aussi, en tant que paysans qui nous étions organisés au niveau local et national, nous avons suivi aussi cette mouvance, d’abord au niveau des régions. Il est apparu ensuite qu’il était nécessaire, avec l’accord sur l’Agriculture de l’OMC, les négociations des APE, le CAADP qui venait d’être lancé, d’avoir une interface au niveau continental. Voilà les raisons qui nous ont amené à aller jusqu’à ce niveau continental.
Cela a été fondé par deux actes principaux. Nous avons tout d’abord échangé au moment de l’élaboration du CADDP en Afrique de l’Ouest au niveau du ROPPA et celui-ci a demandé au FIDA Afrique de l’Ouest à ce que les 4 régions puissent elles aussi réfléchir au niveau de leurs régions en mobilisant leurs paysans pour définir une vision de l’agriculture pour le futur. Une synthèse en a été faite et a été présentée à Johannesburg. Le même processus que celui mené par le ROPPA a également été fait en Afrique de l’Est, pour réfléchir avec les paysans sur les impacts d’un APE mal négocié. On a constaté qu’on ne pouvait plus continuer comme ça, à se réunir quand il y avait besoin et ensuite tout arrêter. Au mois de mai dernier, nous avons donc décidé de créer la PAFFO et on m’a demandé d’en être le facilitateur. Ses principes sont ceux que l’on avait définis au départ : solidarité, subsidiarité, et avantages comparatifs. On veut utiliser les forces de chaque région et ensemble se battre pour avoir une voix paysanne dans l’Union africaine. Nous voulons que tout ce que les Etats veulent faire soit porté aussi par les réflexions paysannes.

Enfin les priorités d’actions de la PAFFO sont celles déjà approuvées par les chefs d’Etat au niveau africain : cela concerne l’agriculture, le CAADP (Programme Détaillé de Développement pour l’Agriculture Africaine) et ses piliers, un document de politique foncière en Afrique et les questions liées aux changements climatiques.

2. Le CNCR et la FONGS organisent fin novembre à Dakar un forum paysan international. En quoi le travail de réflexion mené au Sénégal sur la productivité des exploitations familiales peut alimenter aussi les organisations de producteurs des autres pays ?

La particularité du ROPPA, c’est que nous l’avons créé pour défendre l’agriculture familiale. Et c’est au sein de la FONGS que tout cela a été lancé il y a 37 ans. On a mené des actions concrètes que nous avons capitalisées, pour montrer que cette agriculture familiale n’est ni archaïque, ni périphérique, elle est réelle, elle a des capacités et en a fait la preuve. C’est cela que nous voulons partager avec les représentants paysans des autres pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre. C’est pour dire que si nous voulons définitivement enrayer l’insécurité alimentaire, c’est dans la modernisation de cette agriculture familiale que nous devons chercher des solutions, mais pas une modernisation décrétée ; elle doit se faire dans le respect des valeurs que porte cette agriculture familiale. On présentera durant le forum des cas concrets, des organisations paysannes de la région vont nous présenter des cas illustrant ce qui se fait chez eux. On ne les appelle pas seulement pour écouter ce qui se fait au Sénégal. On invitera des paysans du Malawi, qui vont nous dire comment ils travaillent avec leur gouvernement, des gens du Burkina Faso, des gens d ‘Afrique australe.

3. En quoi, selon vous, une institution comme IPAR qui a pour but de favoriser le dialogue autour des politiques agricoles et d’appuyer le mouvement paysan joue-t-elle un rôle dans cette dynamique ?

Je pense que l’appui d’une institution comme IPAR est fondamental. Nous sommes d’ailleurs membres fondateurs de l’IPAR. Ce forum doit se baser sur du concret. Une politique est faite pour anticiper, c’est-à-dire s’occuper de l’amont et de l’aval, afin de créer un cadre d’harmonisation et de régulation. Nous allons faire en sorte durant ce forum d’apporter des éléments qui permettront d’illustrer tout cela. Les conclusions de ce forum pourront être reprises par l’IPAR afin de fonder son partenariat avec le mouvement paysan tant au niveau national, sous-régional qu’à l’échelle du contient africain. Il faut faire en sorte que quand on parle de la petite agriculture, ce ne soit plus de la philosophie.