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Marius Dia Coordonnateur de la cellule d’appui technique du CNCR

1er juin 2014

Entretien avec Marius Dia Coordonnateur de la cellule d’appui technique du CNCR en marge de l’atelier de restitution de l’étude sur les relations entre recherche et OSC du 15 Novembre 2013, organisé par l’IPAR, dans les locaux du CNCR.

Ipar : Pouvez vous revenir sur la relation entre Organisation de la société civile et chercheurs ?

Marius Dia : En fait la relation entre chercheurs et Organisation de la société civile c’est comme deux éléments d’un même ensemble. Il faut qu’ils travaillent en synergie pour que tout marche. Le chercheur aide les membres de la société civile à lever des contraintes, donc ce sont deux acteurs qui doivent nécessairement cheminer. Malheureusement ce n’est pas toujours le cas.

Je crois qu’il y’a une certaine incompréhension qui existe entre les deux acteurs, je parlerai même d’une sous estimation de la part du chercheur vis-à-vis du membre de la société civile. Je prends par exemple les organisations paysannes comme membres de la société civile, un chercheur a toujours tendance à considérer que ces acteurs n’ont aucune connaissance, alors qu’ils ont vécu des milliers d’années et ont su apporter des réponses très valables à des problèmes qui s’étaient posés.

Ipar : Concrètement, pouvez-vous citer quelques exemples posés par les organisations paysannes dans ce domaine ?

Marius Dia : Par exemple l’adaptation aux changements climatiques, un pays comme le Sénégal depuis qu’il a été créé a toujours essayé de s’adapter aux problèmes de changements climatiques. Ce sont ces OP qui ont essayé de développer des stratégies qui nous ont permis de survivre face aux sécheresses et aux calamités naturelles, l’exemple de Mékhé est là entre 1987 et 1988, où des paysans ont réussi à produire des variétés adaptées à leurs conditions climatiques et agronomiques. Les chercheurs sont d’ailleurs venus s’en inspirer.

Ipar : Vous avez laissé entendre que certains chercheurs tentent d’utiliser les OP comme des faire-valoir pour accéder à des ressources financières, de quoi s’agirait-il ?

Marius Dia : En effet, chaque fois que les chercheurs ont besoin de faire financer leur projet, ils s’appuient d’abord sur les paysans, mais au moment de la gestion financière, c’est le grand débat.

L’exemple du CORAF est illustratif. Nous organisations de producteurs nous avons pu répondre à un appel à projet commissionné, cet appel a été accepté et au moment de mettre en œuvre le projet, le CORAF nous envoie un contrat où il est dit de transférer la gestion à une autre structure puisque les OP ne sont pas capables de gérer. Il nous propose que le CNCR accepte qu’il n’a pas les personnes ressources nécessaires pour gérer le projet donc il nous suggère d’accepter qu’une autre structure assure la gestion, sans aucune évaluation préalable. Or, qui connaît le CNCR sait que notre organisation, à l’instar des autres plates formes paysannes membres du ROPPA, est entrain de gérer des projets beaucoup plus importants du point de vue montant que celui qui nous était soumis. Cela relève d’une sous estimation, d’un mépris vis-à-vis des organisations paysannes de la part des chercheurs.

Ipar : Est-ce tous les chercheurs ?

Marius Dia : Bien sûr qu’on ne peut pas mettre tous les chercheurs dans le même sac.Il y’en a qui sont assez avancé dans ce domaine, par exemple le programme avec le LCM, l’IRD et l’ISRA sur le projet de l’introduction sur l’inoculation.

C’est un projet où les organisations paysannes assurent la commande, gèrent les fonds et payent les déplacements sur commande des chercheurs et qui marchent très bien. Là le chercheur a compris qu’il doit travailler en synergie avec le paysan.

Mais il est vrai que d’autres instituts de recherche nous utilisent comme des faire valoir. Quand il s’agit d’aller chercher des fonds ils mettent les OSC devant. Il est tempsque les OSC ouvrent leurs yeux, comprennent cette situation et refusent cet état de fait.