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Retrait des États-Unis de l’accord de Paris : enjeux et défis pour les pays du Sud

L’élection de Donald Trump à la tête de la première puissance mondiale ne finit pas de créer la polémique. Lors de la campagne présidentielle américaine, Trump avait fait plusieurs promesses dont l’une concernait le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat . Une décision qui n’est pas sans conséquences pour le monde entier. Il existe néanmoins des pistes de solution face à ce retrait.

Considéré comme un accord historique et universel, l’accord de Paris est le fruit de plusieurs années de négociations entre les pays membres de la convention-cadre des Nations-unies sur le climat (CCNUCC). Ces négociations ont pu aboutir lors de la COP 21 à Paris en Décembre 2015 à la définition d’un objectif commun engageant les pays signataires à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) pour limiter le réchauffement climatique en dessous des 2°C d’ici 2100. Cet accord salué par la planète toute entière est rapidement entré en vigueur le 4 novembre 2016 à la veille de la COP 22 de Marrakech grâce à la ratification des grands émetteurs de GES dont la Chine, l’Inde ou encore les États-Unis dirigés à l’époque par le président Barack Obama.

Lors du sommet du G7 à Taormine en Sicile, le président américain de par sa position de « climatosceptique », est resté inflexible face aux autres dirigeants présents par rapport aux questions liées au climat. « Je rendrai ma décision finale sur l’accord de Paris la semaine prochaine » avait-il annoncé le 27 mai sur son compte Twitter. Chose promise, chose faite, à travers un communiqué de presse de la maison blanche le 1er juin 2017, il annonçait officiellement le retrait de son pays de l’accord de Paris qu’il qualifie de « désavantageux » dans la mesure où il ne permettrait pas de créer des emplois pour les américains.

Une majorité de dirigeants, chefs d’entreprises ou responsables d’organisations de la société civile, n’a pas tardé à réagir, considérant les raisons avancées par le président Trump de non-fondées. Certains les ont même qualifiées d’« erreur historique » car les conséquences de cette décision ne se limiteront pas qu’aux États-Unis mais impacteront toute l’humanité et les générations futures.

Les conséquences du retrait des États-Unis de l’accord de Paris

La sortie des États-Unis de l’accord de Paris aura des conséquences considérables aussi bien au plan économique, écologique que diplomatique. Elles affecteront, entre autres, la mise en œuvre des mesures définies par les 195 parties de la CCNUCC et l’atteinte de l’objectif commun qu’elles se sont fixé.

Sur le plan économique, il faut noter l’impact sur le budget du fonds vert pour le climat (FVC) qui s’élève à hauteur de 10 milliards de dollars et pour lequel les États-Unis s’étaient engagés à contribuer à hauteur de 30% soit 3 milliards de dollars. Ce retrait aura donc un impact réel sur l’alimentation de ce fonds et le continent africain sera le premier touché par ce déficit. En effet, le fonds finance principalement des initiatives nationales destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les pays en développement et vise également à aider les communautés vulnérables à mieux s’adapter au changement climatique. Le FVC doit aussi réserver la moitié de sa dotation aux états insulaires et aux pays les moins avancés , majoritairement situés en Afrique.

Sur le plan écologique, cette décision pourrait engendrer de nombreuses conséquences et pas des moindres notamment l’augmentation des émissions carbones des entreprises américaines qui ne seront contraintes par aucune autre forme de pression. Au-delà du retrait financier des États-Unis, la position de Donald Trump encourage les acteurs à l’utilisation abusive des énergies fossiles (pétrole, charbon, mines, etc.). Cela aura sans doute des effets néfastes sur le climat étant donné que les États-Unis sont actuellement le deuxième plus grand émetteur de GES après la Chine.

Enfin, sur le plan diplomatique il faut craindre un « effet domino ». D’autres pays émetteurs de gaz pourraient être influencés à suivre le même chemin et ainsi réduire et anéantir la force de cet accord ambitieux. Certes, la position de Trump n’était pas vraiment une surprise d’autant plus qu’il n’a cessé d’afficher son désaccord avec le reste du monde sur le changement climatique qu’il avait lui-même qualifié de pure « invention ». Mais l’espoir était permis, vu la détermination qu’avaient manifesté plusieurs autorités notamment le Pape François dans le but de le convaincre à rester dans l’Accord.

Suite à ce retrait, certaines puissances telles que la Chine ou encore l’Union-Européenne pourraient être appelées à jouer un rôle plus important que celui pour lequel elles s’étaient engagées dans le cadre de l’accord de Paris.

Défis à relever pour les pays du Sud

« L’heure est venue de quitter l’accord de Paris », une déclaration qui engendre une multitude de conséquences et de défis auxquels les pays du Sud devront davantage faire face et surtout contre lesquels des voies se sont élevées à travers le monde. Plusieurs autorités, politiques et scientifiques se sont prononcés ouvertement contre la décision de Trump. Très rapidement des alternatives ont été évoquées et des alliances sont nées au sein même des États-Unis, avec plusieurs maires de grandes villes américaines, pour respecter les engagements de l’accord de Paris.
Au niveau du continent africain, l’espoir est de voir les grands pays développés relever leur engagement mais aussi de voir le continent prendre lui-même en main son destin et la survie de ses populations davantage vulnérables aux effets de ce changement climatique.

L’IPAR conduit différentes études et projets de recherche sur la thématique du Changement Climatique. L’étude la plus récente dans ce cadre porte sur l’appui de l’USAID, à travers l’ICRISAT, sur l’accès et l’utilisation des informations climatiques par les acteurs dans les secteurs de l’agriculture, l’élevage et la pêche afin de permettre à ces derniers de mieux planifier leurs activités et d’en tirer bien profit. Lors des focus group organisés avec différents acteurs, ils n’ont cessé de manifester leurs inquiétudes face au changement du climat, en mettant particulièrement l’accent sur la baisse de la pluviométrie, l’augmentation de la température ou encore du vent et l’avancée de la mer dont les effets les touchent directement. Ils ont aussi mentionné avec certitude les causes anthropiques de ce phénomène et les solutions appropriées.
Cette prise de conscience globale renforce notre espoir dans la quête quotidienne de bien-être de nos populations et nous encourage à mettre en place de nouvelles initiatives pour promouvoir la mise en œuvre effective des mesures d’adaptation au changement climatique pour un développement durable en Afrique.

Lamine Samaké,
Agronome, chercheur à l’IPAR, Expert changement climatique

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