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Soutenir les luttes paysannes d’Afrique de l’Ouest pour accélérer la transformation de l’agriculture familiale et de l’élevage en 2015 avec ECOWAP+10

20 avril 2015

CULTIVONS[1] en Afrique de l’Ouest se joint à la mobilisation du 17 avril, journée mondiale des luttes paysannes lancée par Via Campesina[2], et soutient les différentes initiatives prises dans les pays de la sous-région à cette occasion.

L’année 2015 devrait constituer une année charnière pour les exploitations familiales qui sont au cœur des préoccupations de CULTIVONS. En effet, après avoir pris au niveau continental des engagements forts lors du Sommet de l’UA à Malabo en juin 2014 (éradication de la faim d’ici 2025, réduction de moitié de la pauvreté, augmentation de la productivité agricole, amélioration de la redevabilité des politiques agricoles, dynamisation du marché intérieur africain), les Etats d’Afrique de l’Ouest ont l’occasion de profiter des 10 ans de la politique agricole commune (ECOWAP) lancée par la CEDEAO en 2005 pour mener une évaluation complète et critique des avancées réalisées mais aussi et surtout des difficultés et retards quant à la mise en œuvre des ambitions de transformation agricole et de prospérité partagée.

CULTIVONS se questionne aussi fortement sur la mise en route de Tarif Extérieur Commun (TEC) depuis janvier 2015 ou encore la signature de l’Accord de Partenariat Economique (APE) en Afrique de l’Ouest au cours de cette année. La CEDEAO et ses Etats membres sont-il prêts à faire le grand saut dans l’économie mondiale alors que leurs secteurs de l’agriculture et de l’élevage ont besoin en priorité d’être renforcés, soutenus et accompagnés ? La CEDEAO et ses membres ont-ils bien évalué les bénéfices espérés au regard des pertes assurées ?

Pour CULTIVONS, la priorité est et demeure toujours la défense des acteurs familiaux de l’agriculture et de l’élevage dans la région, et la promotion des fruits de leur labeur afin de faire du slogan « produisons local, consommons local » une réalité de la transformation agricole de la sous-région. En effet, ce sont ces millions de personnes qui travaillent pour notre alimentation qui doivent être au cœur de l’action de la CEDEAO et non les promesses illusoires de l’ouverture au commerce international ou encore des partenariats public privés (PPP), qui ouvrent la porte à des grands investisseurs marginalisant les exploitants locaux. Pour CULTIVONS, la promotion de l’agriculture dans la région passe par quatre enjeux clés sur lesquels il est temps que la CEDEAO pèse de tout son poids pour influencer l’agenda de ses Etats membres :

Des investissements responsables au profit de l’Agriculture familiale

‘’ Tout en approuvant les engagements renouvelés d’augmentation des investissements publics agricoles à Malabo, l’enjeu est à présent d’adopter des mécanismes de suivi clairs et transparents pour analyser la performance des politiques et budgets agricoles. La CEDEAO et ses membres doivent se focaliser sur la définition, l’appropriation partagée et l’utilisation systématique d’indicateurs forts de l’efficacité des programmes de développement agricoles au profit de la transformation qualitative des exploitations familiales dans leurs filières prioritaires’’ explique Godswill Aguiyi, Chef du département agriculture de la National Association of Nigerian Traders (NANTS)

Un accès équitable à la terre pour les femmes rurales

‘’Contrairement à la croyance populaire, les communautés rurales ne demandent qu’à être des acteurs de changement pour que les femmes agricultrices jouissent effectivement de leurs droits d’accès aux ressources et participent à la prise de décision en vue du développement de tout le potentiel du monde rural. Offrons-leur l’opportunité d’agir en levant les contraintes traditionnelles et sociétales qui limitent leur accès à la terre. Il convient de négocier cet espace au sein des communautés tout en adoptant des politiques incitatives, du niveau national jusqu’à la CEDEAO”affirme Kafui Kuwonu, chargée de programmes en chef au WILDAF Afrique de l’Ouest

Des mécanismes efficaces pour une réelle stratégie ‘’Faim Zéro’’

« Pour éradiquer la faim hors du continent d’ici 2025, il faudra faire plus que se focaliser sur l’accroissement de la productivité agropastorale. Une véritable ambition ‘’Faim zéro’’ implique la mise œuvre de systèmes de protection sociale qui garantissent la satisfaction des besoins de base de plus de 20 millions de personnes qui risquent de dormir le ventre vide une bonne partie de l’année. De même, il importe de multiplier les réserves alimentaires de proximité, plus accessibles aux communautés, et de les articuler sur les réserves nationales et régionales. Enfin, l’amélioration de la réactivité des systèmes d’alerte, aussi bien à l’échelle communautaire qu’au niveau national et régional, dépend de l’implication de toutes les parties prenantes, y compris les organisations paysannes, et de l’engagement sans failles des Etats pour en garantir le fonctionnement optimal » rappelle Sidy Guèye Niang, conseiller régional d’Oxfam pour la sécurité alimentaire.

Une politique volontariste de promotion de l’élevage et du pastoralisme

‘’Malgré certaines idées reçues, les pays sahéliens investissent de moins en moins dans l’agriculture, en particulier dans l’élevage. Ce secteur ne reçoit en moyenne que 10% des dépenses agricoles alors qu’il représente entre un tiers et la moitié du PIB agricole des pays du Sahel, le bétail étant l’un des principaux postes d’exportation vers les pays côtiers. Pire encore, lorsque l’on étudie les dépenses dans l’élevage, le pastoralisme est largement sous représenté, il apparait comme un poste de dépense marginal. Pourtant, le pastoralisme domine la production animale et constitue l’unique mode de valorisation de vastes zones semi désertiques du Sahel, il est temps d’avoir des politiques volontaristes pour remédier à cette injustice’’ insiste Aliou Ibrahima, Secrétaire général de l’Association pour la Promotion de l’Elevage en Savane et au Sahel (APESS)

CULTIVONS demande donc à la CEDEAO et ses Etats membres de redynamiser cette politique agricole commune et de construire les 10 prochaines années autour de la mise en œuvre concrète des engagements pris à Malabo et ailleurs ! Pour soutenir les luttes paysannes autour de ces quatre enjeux majeurs, CULTIVONS et ses membres lancent aujourd’hui leurs propres évaluations et analyses de la première décennie de l’ECOWAP. Dans ce cadre, CULTIVONS et tous ses partenaires provoqueront des débats, mèneront des rencontres et seront d’une vigilance extrême pour s’assurer que le chemin emprunté par la CEDEAO et l’ensemble des acteurs ne s’écarte pas de l’objectif de transformation qualitative de l’agriculture paysanne et du pastoralisme, de l’éradication de la faim et de l’amélioration générale des conditions de vie des ruraux ouest-africains !

Abuja, Accra, Cotonou, Dakar, Lomé, Niamey, Nouakchott, Ouagadougou

17 Avril 2015

[1] La campagne CULTIVONS est une campagne globale coordonnée par Oxfam. Présente en Afrique de l’Ouest depuis 2011, la campagne vient de définir ses priorités pour 2015-2019 lors de sa réunion de planification stratégique à Ouagadougou (31/03-2/04/15). La campagne regroupe plus de 70 organisations nationales et régionales, parmi lesquelles : POSCAO, WILDAF, APESS, RBM, IPAR et InterRéseaux, et est active dans 6 pays de la région : Burkina Faso, Ghana, Niger, Nigéria, Mauritanie et Sénégal.

[2]Le #17Avril a été déclaré Journée internationale des luttes paysannes afin de commémorer le tragique assassinat de 19 paysans membres du Mouvement des Sans Terre du Brésil, le 17 avril 1996.

 

APESS : Association pour la Promotion de l’Elevage au Sahel et en Savane

RBM : Réseau Bilital Marrobe (Réseau des Organisations d’Eleveurs et Pasteurs de l’Afrique)

OXFAM : Oxford Committee for Famine Relief

POSCAO : Plateforme des Organisations de la Société Civile de l’Afrique de l’Ouest sur l’Accord de Cotonou

IPAR : Initiative Prospective Agricole et Rurale

WILDAF : Women In Law and Development in Africa / Femmes, Droit et Développement en Afrique

Contact Presse :

  • Imma de Miguel, Co-animatrice de la campagne CULTIVONS en Afrique de l’Ouest – Cotonou, Benin idemiguel@oxfamintermon.org<mailto:idemiguel@oxfamintermon.org>, +229 21 30 30 37 / +229 97 07 67 27
  • Jérôme Gérard, West Africa GROW Campaign coordination team – Dakar, Senegal jgerard@oxfam.org.uk<mailto:jgerard@oxfam.org.uk> , +221 33 859 3744 / +221 77 651 9979