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COP 25 : Entre résultats mitigés et espoir !

La 25ième édition de la conférence des parties de la convention-cadre des nations-unies sur le changement climatique (COP 25) s’est achevée il y a exactement un mois. Toutes les délégations, y compris les observateurs et le Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Güterres, reconnaissent unanimement le caractère décevant des résultats obtenus.

Initialement prévue du 2 au 13 décembre 2019 à Santiago du Chili, la COP 25 s’est finalement tenue à Madrid en Espagne du 2 au 15 décembre 2019 sous la présidence de la ministre de l’Environnement chilienne Carolina Schmidt. Malgré une prolongation de 48h, cette dernière COP n’a pas permis d’aboutir à des avancées significatives dans l’Agenda global sur le climat.
Au titre de chercheur en charge de la thématique ‘’ changement climatique ‘’ au sein de l’IPAR et d’expert sur les questions d’Agriculture pour le compte du Comité National sur les Changements Climatiques du Sénégal, j’ai participé activement aux sessions de négociations sur le climat.
Entre rêve et désespoir, ambition et déception, je partage à travers ces quelques lignes mes impressions sur ces deux semaines de négociations internationales.

De l’ambition à la déception …

La COP25 s’est ouverte à Madrid dans un contexte marqué par de nombreuses attentes. Les différentes délégations y ont pris part avec des objectifs très ambitieux à cause de son importance pour la mise en œuvre effective de l’Accord de Paris obtenu lors de la COP21 en Décembre 2015. L’un des objectifs phares de la présente COP était d’inciter les pays à rehausser leurs contributions dans la réduction des émissions des Gaz à Effet de Serre (GES) et leurs contributions financières pour le développement des solutions d’atténuation et d’adaptation. Il était également question de trouver un accord sur les procédures de mise en œuvre de l’Accord de Paris, notamment sur les mécanismes de marché carbone qui n’avaient pas enregistré des progrès lors de la précédente COP à Katowice en Pologne.

-* Relever les contributions nationales sur la réduction des émissions GES

Aujourd’hui, le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur le Climat (GIEC) estime qu’il faudrait réduire de 45 % les émissions mondiales de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 2010, et que les émissions nettes devraient être "égales à zéro vers 2050" pour rester sous 1,5°C de réchauffement . Une recommandation forte qui se base sur les résultats de la science.
Malgré la mise en garde des scientifiques et la bonne mobilisation des pays les plus vulnérables aux impacts des changements climatiques, notamment les pays Africains et les Etats insulaires, les négociations n’ont pu aboutir à une augmentation des Contributions Déterminées au niveau National (CDN) des grands émetteurs de GES.
Cette situation a conduit à une grosse déception de tous les observateurs mobilisés pour le climat d’autant plus que seulement quelques semaines après la clôture de la COP, l’Australie a été frappée par une catastrophe climatique. En effet, un gigantesque incendie s’y est déclaré et a fait la Une de tous les medias internationaux. Ce qui confirme encore une fois que les impacts des changements climatiques sont déjà au rendez-vous.

-* Augmenter les contributions financières pour la résilience

Une autre attente non moins importante de ces négociations fut d’augmenter l’appui financier destiné à renforcer les mécanismes de financement, afin d’améliorer la résilience des pays les plus vulnérables aux effets des changements climatiques.
Depuis 2009, les pays les plus riches ont promis de soutenir, à travers un Fonds vert pour le climat, les pays les plus vulnérables à hauteur de 100 milliards de dollars par an jusqu’à 2020. Néanmoins, force est de reconnaître que les contributions n’ont jamais pu atteindre ce montant.
Certaines ONG estimaient même qu’un financement d’environ 300 milliards de dollars par an serait nécessaire d’ici à 2030 pour couvrir les "pertes et dommages" subis par les pays touchés par le dérèglement du climat.
Sur ce point également, la déception fut grande pour les différentes parties. Les pays n’ont pu trouver un accord sur les questions de financement à long terme. Le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris aura certainement un impact négatif sur le financement des solutions d’atténuation et d’adaptation.

-* Réguler les marchés du carbone, « le fameux Article 6 »

Ce point fut l’un des plus attendus de la présente COP à plusieurs titres. Parmi ces nombreuses raisons, nous pouvons retenir le rôle de cet « Article 6 » pour renflouer le fonds d’adaptation à travers une taxe prélevée sur les transactions effectuées grâce aux marchés du carbone.
Dans les couloirs de l’IFEMA, Fiera de Madrid, l’espace aménagé par l’Espagne pour abriter la COP, tout le monde s’interroge sur l’« Article 6 » de l’accord de Paris. Ce fameux Article semblait attirer l’attention de tous les participants, initiés comme non-initiés, experts comme non-experts.

De quoi s’agit-il exactement ?
Selon l’avis de plusieurs spécialistes, il s’agit très simplement d’un système d’échange de droits d’émissions de gaz à effet de serre entre des pays qui en émettent trop, et des pays qui en émettent moins. Concrètement, les réductions d’émissions réalisées par un État pourraient être rachetées par un autre.

Pourquoi autant d’intérêts pour cet Article ?
Les 194 pays signataires de l’Accord de Paris se sont accordés sur le principe de l’article, mais non sur sa mise en application. Il est demandé par les pays en voie de développement qu’une taxe soit prélevée sur chaque transaction du marché de carbone pour alimenter le fonds vert pour le climat. Cette proposition n’est, cependant, pas partagée par les pays riches et grands émetteurs de GES.

Après des jours et des nuits de discussions, de consultations bilatérales, les parties n’ont malheureusement pas pu trouver un accord. Les discussions ont donc été reportées pour la prochaine COP qui se tiendra à Glasgow (UK).
La décision finale de cette COP, malgré la forte ambition et les attentes, apparaît ainsi bien modeste voire décevante pour les experts et les milliers de participants. Elle renvoie donc la balle à la diplomatie britannique qui sera à l’honneur lors de la COP26 qui se tiendra à Glasgow en 2020.
Il faut reconnaitre que sur certains points, tels que le « Genre » et l’« Agriculture », malgré l’âpreté des discussions, les négociateurs ont été robustes et ont pu sortir avec des lueurs d’espoir. Des accords qu’on pourrait qualifier de léger ont pu être trouvés sur les plans d’action respectifs. Cela constitue un progrès dans la recherche du consensus pour la mise en application concrète de l’Accord de Paris. La prochaine COP sera donc décisive.

Impression mitigée, espoir permis !

Etant en charge de la thématique « Agriculture » au sein de la délégation du Sénégal lors de cette COP25, j’ai pris part à toutes les sessions de consultations sur cette thématique.

Les négociations ont été très intenses dans les salles de la « Fiera de Madrid » entre les différentes parties.
Un mois après la fin de la COP, mes impressions sont encore bien mitigées. En effet, sur le plan global, l’organisation de cette édition par l’Espagne, suite au désistement de dernière minute du Chili, a été saluée par le monde entier.
L’organisation a été réussie sur le plan logistique. Ce défi a donc été bien relevé par l’Espagne pour permettre au monde d’« Agir » pour notre planète face aux changements climatiques, comme le stipulait le slogan de cette édition : « Time for Action ». Malheureusement, cela n’a pas été le cas pour les résultats des négociations.

Du côté africain, il reste beaucoup à faire. Une négociation internationale d’une telle ampleur qui se tient chaque année doit nécessairement être bien préparée par les pays en tenant de plus en plus compte des évidences de la science pour les mettre au service de la politique et de la diplomatie. Il n’est donc pas judicieux encore moins pertinent que nos revendications, aussi légitimes soient-elles pour la justice climatique, se basent encore sur des mots et non sur des faits et des outils. Notre détermination doit aussi être traduite par nos politiques nationales, régionales et continentales cohérentes afin de montrer clairement que nous sommes aussi bien sur la voie de la rupture que sur celle du changement.


Auteur : M. Lamine Samaké,
Ingénieur Agronome, Chercheur à l’IPAR
Expert du COMNACC en charge de la thématique « Agriculture »
Membre de la délégation officielle du Sénégal

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