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Covid-19-Distribution de vivres : Et si tout le Sénégal est pauvre ou presque !

La pauvreté est un concept hybride, chargé, polysémique et qui prête à équivoque. Depuis le 2 mars 2020, date à la quelle le Sénégal a enregistré son premier cas de la maladie du coronavirus, le virus ne cesse de progresser. Et ses conséquences ne se sont pas fait attendre dans le vécu quotidien des Sénégalais sommés de rester chez eux. Du coup, le Chef de l’Etat a alloué 69 milliards de FCFA d’aide alimentaire à nos compatriotes les plus vulnérables. Mais la question aujourd’hui est de se demander si tout le Sénégal n’est pas pauvre à quelques exceptions près !

15 avril 2020

Présidant le Conseil des ministres de ce mercredi 25 mars, le président Macky Sall a annoncé que l’enveloppe, initialement, de 50 milliards sera portée à 69 milliards de francs Cfa pour renforcer l’aide alimentaire d’urgence aux populations vulnérables. La délégation générale à la Protection sociale et à la solidarité nationale a mis en place depuis 2014 un Registre national unique (Rnu) qui spécifie le nombre de ménages pauvres au Sénégal évalué à « 442 mille » et qui aurait atteint les « 517 mille ménages depuis 2019.Sur une population de 14 millions d’habitants, il y a de quoi se poser des questions légitimes quant on sait qu’au Sénégal, la pauvreté a presque atteint toutes les couches de la population urbaine comme rurale. D’ailleurs, les termes de référence du Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) renseignent par le biais d’un Document de la Direction de la Prévision et de la Statistique (DPS) de 2001 quedu point de vue des ménages, la pauvreté est très répandue dans les communautés sénégalaises, c’est-à-dire dans les quartiers urbains et les villages. Selon les déclarations obtenues des chefs de ménage, 75% des ménages, soit 3 ménages sur 4 considèrent leur communauté comme pauvre. Mais non seulement la pauvreté est très étendue mais elle est aussi sévère. Parmi les ménages sans emploi, 45,6% sont considérés pauvres. Ce taux s’accentue quand il s’agit de ménages sans emploi vivant en milieu rural (55,5%). D’ailleurs, pendant que l’économie sénégalaise est globalement tirée par les secteurs secondaire et tertiaire, plus de deux tiers de la population reste engagée dans le secteur de l’agriculture, qui ne représente que 15,8% du PIB. Même si le Sénégal fait aussi face à un taux élevé d’urbanisation (ayant passé de 40,7% en 2002 à 45,2% en 2013, il n’en demeure pas moins vrai que cette évolution conduit à des problématiques nouvelles dans les villes en termes d’emplois, de sécurité, de dégradation de l’environnement et du cadre de vie, de déséquilibre entre la demande et l’offre de services sociaux de base, affectant principalement les enfants et les jeunes. D’après les données de l’Enquête de Suivi de la Pauvreté au Sénégal (ESPS II, 2010-2011), 6 367 733 personnes, soit 46,7% de la population sénégalaise vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ajouté au nombre de Sénégalais qui touche un peu la barre de ce seuil de pauvreté et ceux qui sont un peu en deçà, c’est des millions de nos compatriotes qui se retrouvent dans une pauvreté ambiante. Et la survenance de la pandémie du coronavirus est venue corser la note. Si le Chef de l’Etat décide de venir au secours 1 million de Sénégalais à cause des effets collatéraux du coronavirus, il laissera en rade, plusieurs millions de Sénégalais qui ne savent toujours pas à quel sain vouer leur subsistance. Le plus important, avec cette crise sanitaire, c’est d’aider des millions de Sénégalais et non un million de Sénégalais. Car au-delà des statistiques, nos compatriotes des quatre coins du pays souffrent du mal de la pauvreté. A la limite, c’est tout le Sénégal qui est pauvre ou presque, à l’exception des 127 130 “vrais” fonctionnaires et des travailleurs du secteur privé et dans une moindre mesure du secteur de l’informel.
Assane SEYE-Sene