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El Hadj Abdou Gueye, ingénieur agronome à l’USAID/PCE

1er juin 2014

En marge du séminaire de formation de journalistes sur les enjeux et défis de l’agriculture au Sénégal organisé par l’IPAR et l’USAID/PCE du 20 au 22 décembre 2011 à Mbour, Monsieur El Hadj Abdou Gueye, ingénieur agronome à l’USAID/PCE se prononce sur l’évolution des statistiques du secteur agricole et les solutions de sortie de crise de l’agriculture sénégalais.

Que pensez vous des statistiques qui sont fournies pour l’agriculture au Sénégal ?

En général, les statistiques sont produites pour permettre aux différents acteurs de pouvoir développer des stratégies. Dans ce cadre elles permettent au pouvoir public de voir en quoi les investissements ont été efficients par rapport à la production agricole, comme pour les autres acteurs de pouvoirs faire des projections pour infléchir cette tendance. Pour ce qui nous concerne, nous travaillons dans le domaine de la sécurité alimentaire et cela nous permet de voir en quoi le Sénégal aujourd’hui est capable de contribuer à la nourriture des populations urbaines et rurales. Donc l’évolution des statistiques nous permet de dire quel est le gap et sur quoi il faut mettre le focus, pour permettre de résorber progressivement ce gap à défaut d’une autosuffisance alimentaire. Il s’agit tout au moins de faire en sorte que l’offre domestique agricole puisse répondre à la demande alimentaire.

Vous parlez d’évolution des statistiques mais ont elles réellement évolué en matière d’agriculture ?

C’est sur que les chiffres évoluent mais pas souvent dans le sens souhaité. Ce qui reste constant, c’est que la demande alimentaire augmente parce que la population augmente, c’est une évolution de la demande. Maintenant pour ce qui est de l’offre ce qu’on peut constater c’est que du début des indépendances à nos jours, pour différentes raisons, la production n’a pas atteint les niveaux escomptés. On est plus ou moins d’une année à l’autre autour d’une certaine moyenne qui permet de couvrir aujourd’hui peut être 52% de l’alimentation des populations.

Quelles en sont les raisons selon vous ?

Il ya d’abord des options politiques qui ont fait que pendant longtemps on a plus ou moins mis le focus d’abord sur des cultures de rentes, ensuite il n’ya pas eu une bonne répartition des investissements, on a aussi mis d’avantage les moyens dans la zone nord qui est le bassin rizicole avec des résultats qui n’ont pas été à la hauteur. Il ya également les questions liées aux aléats climatiques, bref tout un dispositif qui n’est pas mis en place pour permettre aux agriculteurs particulièrement aux producteurs d’accéder au crédit, d’organiser les marchés. Tous ces problèmes font qu’aujourd’hui la production n’a pas augmenté.
Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est réinterroger tout ce qu’on a fait jusqu’ici, quels sont les points faibles sur lesquels il faut davantage travailler. Par exemple si les politiques ne connaissent pas bien le développement des infrastructures, qui parfois ne sont pas à la hauteur. Il ya aussi les problèmes des équipements, du foncier et d’un élément essentiel sur lequel on ne met pas suffisamment l’accent qui est le capital humain. On croit la simple vulgarisation, le transfert de technologie, qui n’est souvent pas adapté, suffit pour former des acteurs alors que le développement du capital humain est le troisième pilier sur lequel il faut mettre le focus, ce qui n’est pas malheureusement le cas.

Avec la GOANA ou d’autres programmes, nous voyons des chiffres officiels qui parlent de production record. Qu’en est-il réellement ?

Avec les moyens qui sont mis dans le cadre de ces programmes, il est indéniable que la production a atteint quelque fois des niveaux importants, mais ceci par rapport à quoi ? C’est très relatif, par rapport à 1960 ou il y avait 3 millions d’habitants, si vous produisez 1 millions de tonnes ça peut être suffisant aujourd’hui on est 12 millions et on va arriver à 17 millions sous peu. Si les productions n’ont pas augmenté de façon si significative, vous avez certes augmenté la production mais vous n’avez pas contribué pour autant à la demande alimentaire parce que tout simplement les contextes ne sont pas les mêmes. C’est vrai que la production a augmenté mais en valeur relative par rapport à la satisfaction on est resté quasiment au même niveau.
Cela a fait qu’en 1960, tous les chiffres officiels nous montrent qu’on avait moins de 100 tonnes de céréales importés, aujourd’hui on est à près d’un millions de tonnes. Cela veut dire que quelque soit l’importance quantités produites, si vous n’arrivez pas à faire face à la demande intérieure vous êtes obligé de vous tourner vers les importations. On connait aujourd’hui l’évolution des marchés agricoles et toutes les conséquences qu’elle engendre en termes d’inflation, de cherté de vie. Les produits que nous consommons ne sont pas produits localement.C’est vrai qu’il ya une augmentation des productions mais le constat est que nous restons dépendant du marché international.

En général, le sénégalais n’aime pas consommer local ?

Il faut le relativiser, parce que même en milieu urbain il ya une évolution des modes alimentaires, de plus en plus on consomme des céréales locales bien qu’ils se posent encore des problèmes liés à la disponibilité des produits, à leur qualité et à certains préjugés. C’est dans ce sens qu’il faut travailler. Quand vous n’avez pas un aliment disponible tout le temps et à tout moment vous n’êtes pas sur de pouvoir fidéliser votre clientèle et c’est cela le gros enjeu aujourd’hui : comment faire de tel sorte que si on veut substituer les produits importés aux produits locaux de qualité qui soient disponibles et qui soient compétitifs. Ce sont des éléments sur lesquels il faudra faire le focus pour que permettre les produits locaux soient intégrés progressivement aux repas au niveau des ménages.

Quels sont donc les solutions pour relever notre agriculture ?

Elles sont nombreuses. Aujourd’hui toutes les productions doivent être tournées vers un marché qui existe et ce marché c’est le marché local : on est 12 millions donc la demande est importante. La question est de savoir comment faire en sorte que tous les acteurs de la chaine puissent chacun améliorer, en ce qui le concerne, son niveau de productivité, ajouter de la valeur à son niveau pour qu’après, in fine, le marché constitué par le consommateur puisse être satisfait.
C’est cela qui va tirer la demande et la production. A tous les niveaux il y aura de la valeur qui sera ajoutée, des services vont être créé à tous les niveaux, pour permettre à plusieurs acteurs de se retrouver dans cette chaine de production pour arriver à développer les différentes filières sur lesquelles nous travaillons.
[Voir l’article sur l’atelier de formation de journaliste sur les enjeux et défis de l’agriculture au Sénégal->377]