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M. Samba Guéye président du CNCR

1er juin 2014

M. Samba Guéye président du CNCR, lors de l’atelier de mise en place du comité national et de lancement de l’année internationale de l’agriculture familiale (AIAF) en 2014.

Pourquoi le concept familial, est ce dire que l’agriculture en général à elle seule ne peut pas lutter contre la pauvreté, d’où la nécessité de conceptualiser ?

Le concept familial est venu de très loin ça ne date pas d’aujourd’hui. L’agriculture a toujours été, et de tout temps, familiale. Le mot familial n’est pas emprunté aujourd’hui, il date de longtemps. L’agriculture, comme l’élevage, a toujours été pratiquée au niveau des familles d’abord.

l’agriculture joue un rôle important de stabilité politique, qu’en est-il pour le Sénégal ?

Au niveau de la stabilité politique, vous voyez des familles religieuses qu’elles soient musulmanes ou catholiques, elles ont des personnes qui cultivent de grands hectares et qui amènent de la nourriture au niveau de la maison pour les accompagner, les entretenir, les éduquer et pour partager ensemble parce qu’on a des valeurs sûres qu’on partage. A ce niveau là on peut créer de la stabilité parce que quand on empêche à une personne de faire du mal ou de dire de mauvaises choses, l’orienter à travailler, l’inculquer du savoir et du savoir faire, cela stabilise.

l’agriculture est un levier de développement économique et durable. A quel niveau situez-vous le problème de modernisation de l’agriculture et de sa transformation ?

Je dis oui. Peut être il ya d’autres personnes qui ne perçoivent pas ce qu’on dit en matière d’agriculture familiale. Jai 67 ans, je suis sorti de l’école en 1968 avec un diplôme ce qui m’a permis d’avoir un métier libéral dans le secteur horticole. j’ai été au Maroc, en Algérie et en Versailles j’ai pu améliorer mes connaissances pour ensuite retourner au Sénégal créer ma propre ferme, faire la multiplication des végétaux, travailler pour y gagner quelque chose. Et depuis 1969 jusqu’à présent je n’ai jamais quitté l’agriculture dans le sens large du terme : je cultive, j’élève et je fais de la pêche. A travers l’agriculture modernisée à ma façon j’arrive à avoir une richesse pour mener ma vie comme je la conçois.

Quel modèle pour notre agriculture ?

Nous avons notre propre modèle. Visitez la vallée du fleuve Sénégal : du Gandiol jusqu’à Mboro et dans les autres parties du pays, il y’a l’irrigation à ce niveau. Là où l’on pratique l’irrigation, nous avons une culture de la tomate organisée avec une vraie main d’œuvre sur contrat avec des industriels. Ils font partie des meilleurs producteurs mondiaux en matière de tomates. Nous avons aussi les riziculteurs. Ils sont arrivés à mettre en place un système avec l’agriculture familial en modèle. Ils produisent 5 à 6 tonnes à l’hectare, des fois avec des techniques de pointe ils atteignent 10 tonnes à l’hectare. Nous avons aussi les producteurs d’oignons, donc tout ce que nous mangeons dans la vallée et dans d’autres pays provient de la production de l’agriculture familiale. On arrive à mener notre agriculture, à avoir des intrants, à avoir des tracteurs pour labourer, des motos fougueuses pour l’élevage, du matériel pour la transformation avec des rizeries. Il appartient à l’Etat de faire un choix, de travailler pour le développement de l’agriculture familiale, tout en maintenant la jonction avec l’agro-industrie, pour que le producteur ait une marge par rapport au stockage, à la transformation et à la commercialisation. C’est une chaine de valeur, si à la fin du processus la chaine est tellement organisée, tout le monde y gagne, et on pourra faire une bonne cohabitation et trouver des solutions pour régler tous ces problèmes.

Concrètement, quelles sont les attentes du CNCR pour cette année, en termes de résultats et de mesures stratégiques allant dans le sens d’impacter positivement le vécu des paysans ?

Ce que nous voulons faire pour cette année de 2014, nous allons mettre l’accent sur l’exploitation familiale (agriculture), la diversifier pour montrer aux Sénégalais que la façon dont l’agriculture familiale est présentée n’est pas la bonne. On peut avoir des supports documentés avec des chiffres, techniquement bien argumentés, avec les chercheurs pour dire voilà ce que nous pensons pouvoir faire et cela peut apporter une plus-value et un plus au niveau du budget du Sénégal. On est entrain de faire un travail suffisamment fourni avec la Fongs et deux autres fédérations qui sont dans le CNCR et on va l’élargir pour qu’à la fin de l’année 2013 l’on puisse sortir un document sur 2000 exploitations familiales. Multiplier ce nombre par 5, cela va donner un nombre extrêmement important qu’on présentera au chef de l’Etat, au gouvernement du Sénégal et à tous les partenaires de développement.

Qu’attendez-vous de la recherche en général ?

Nous attendons beaucoup de choses des institutions de recherche comme IPAR. Elle est une organisation dont nous même avons contribué individuellement à la créer. Ce sont des techniciens, des chercheurs de très grande qualité. Les institutions de recherche sont nos partenaires dans tout ce que nous faisons. Elles nous accompagnent, appuient et nous conseillent. Elles constituent des leviers importants dans le processus d’accompagnement, de conseil et de production de connaissances. Les éléments forunis par la recherche nous aide à alimenter notre plaidoyer pour influencer l’élaboration, le suivi et l’évaluation des politiques.

Voir l’article consacré à l’atelier de lancement de l’AIAF 2014