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Des effets négatifs des changements climatiques sur l’agriculture, IPAR apporte des éclairages tirés de ses résultats de recherche

13 juillet 2015

L’Initiative Prospective Agricole et Rurale (IPAR) a organisé le jeudi 18 Juin 2015 à Dakar, en partenariat avec la Plateforme nationale de dialogue science-politique pour l’adaptation de l’agriculture et de la sécurité alimentaire au changement climatique du Sénégal (CCASA), un atelier de partage des résultats d’une étude de cas sur l’impact du changement climatique sur l’agriculture de l’Afrique de l’Ouest dans le cadre de la mise en œuvre du Projet d’inter-comparaison et d’amélioration des modèles agricoles (AgMIP ). L’atelier a réuni une quarantaine de participants comprenant des décideurs, des agents des services techniques de l’Etat, des représentants de la société civile, des journalistes, des chercheurs et des partenaires techniques et financiers.
La cérémonie d’ouverture a été présidée par M. Ibrahima Diémé de la Direction de l’agriculture (DA/MAER), en présence du Directeur Exécutif de l’IPAR Dr. Cheikh Oumar Ba et du Conseiller en changement climatique de l’USAID Mme Oumou Kalsoum Ly. La modération de l’atelier a été assurée par M. Bounama Dièye DA/MAER et coordonnateur de la plateforme CCASA.

A l’entame de son exposé, Dr. Ibrahima Hathie Directeur de recherche de l’IPAR et économiste principal de l’équipe de recherche a indiqué que l’étude de cas concerne la zone Nioro du Rip au Sénégal et visait à répondre à trois questions de recherche : (i) la sensibilité des systèmes actuels de production agricole au changement climatique ; (ii) l’impact du changement climatique sur les systèmes de production futurs ; et (iii) les bénéfices des adaptations aux changements climatiques. Il s’est ensuite appesanti sur les principaux résultats de recherche.

Ainsi, les modèles climatiques prédisent, dans la zone de Nioro, une baisse de la pluviométrie de 13 à 38% d’ici l’horizon 2050 avec un rétrécissement de la période pluvieuse et une plus forte variabilité intra-saisonnière. De même, ces modèles annoncent des hausses de température entre 1,7 et 2,3oC durant la même période. En simulant l’impact de la baisse de la pluviométrie et des hausses de températures sur les cultures, les chercheurs ont trouvé que les principales céréales (mil, maïs) seraient négativement affectées par une diminution des rendements futurs. En fonction des modèles climatiques et des modèles de simulation des cultures, les baisses de rendements des céréales varient entre 7 à 46% à l’horizon 2050. En utilisant ces rendements simulés, il apparait que les exploitations agricoles verront une forte chute de leurs revenus. Ainsi, les résultats globaux montrent que les revenus nets moyens par exploitation diminuent entre 10% et 38%.

Un passage des systèmes agricoles actuels aux systèmes futurs (intégrant les évolutions technologiques) atténue l’impact du changement climatique. Le pourcentage d’exploitations agricoles perdantes diminue. Lorsque l’adaptation au changement climatique est possible, nous remarquons un changement positif dans tous les indicateurs économiques à Nioro, avec une amélioration des conditions pour la majorité des agriculteurs. Le processus d’adaptation se traduit par au moins 68% des exploitations agricoles qui adoptent le paquet d’adaptation.

Après des échanges approfondis, les participants ont fait un certain nombre de recommandations. Parmi celles-ci, ils ont insisté sur l’impérieuse nécessité d’intégrer le changement climatique dans la conception des politiques et d’associer les experts du climat dans l’élaboration de ces politiques sectorielles. Le besoin de travailler de plus près avec les producteurs et leurs organisations a été souligné même si le point d’entrée pour les parties prenantes devrait être les collectivités décentralisées (département, communes rurales). Des participants ont aussi insisté sur l’importance d’intégrer les connaissances locales dans tous les processus, en créant des synergies entre scientifiques et les détenteurs de ces connaissances locales. Enfin, les participants ont souhaité l’élaboration de notes politiques (policy briefs) destinées aux décideurs sur la base des résultats de recherche.

Le Projet AgMIP a été mis en œuvre en Afrique de l’Ouest sous l’appellation « Impact du changement climatique sur l’agriculture en Afrique de l’Ouest : une évaluation régionale " (CIWARA). Il a réuni 10 institutions de recherche et universités (nationales et internationales) et a mobilisé 18 scientifiques. L’expertise comprenait des climatologues, des modélisateurs de cultures et des économistes. Trois sites ont été étudiés durant la phase 1 du projet, à savoir, Nioro au Sénégal, Navrongo au Ghana et Koutiala au Mali. La méthodologie AgMIP a été utilisée pour réaliser une évaluation intégrée de l’impact du changement climatique sur les moyens de subsistance des petits exploitants agricoles.

 

Chérif et Joseph - IPAR