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Les prévisions d’aménagement des barrages de Niandouba et Confluent dans le bassin de l’Ananbé revues à la baisse.

3 septembre 2015

Le projet Global Water Initiative (GWI), en partenariat avec la SODAGRI, l’UICN et l’IPAR, a réalisé en 2015 une étude comparative de la valeur économique actuelle des barrages de Niandouba/Confluent, et de la situation du bilan financier pour l’Etat. Une recherche conduite par le Dr Ibrahima HATHIE, directeur de la recherche à l’Initiative prospective agricole et rurale (IPAR), a présenté l’étude économique des barrages de Niandouba et Confluent avec les acteurs du secteur agricole
Après l’atelier régional organisé à Ouagadougou en 2014, un atelier national de restitution des résultats de l’étude a eu lieu le jeudi 06 Aout 2015 à Dakar. Présidé par M. Racine Kane représentant de l’UICN, en présence de M. Elimane Gane président du FEPROBA, Dr Cheikh Oumar Ba directeur exécutif de l’IPAR et M. Mahmouth Ndiaye Chef, représentant le DG de la SODAGRI, la rencontre a regroupé une cinquantaine de participants représentant les acteurs nationaux concernés par l’irrigation : ministères et directions nationales, élus locaux, structures d’encadrement de producteurs, organisations de producteurs, recherche, société civile, et personnes ressources.

En dépit des potentialités qu’offre l’irrigation, les investissements consentis pour la maîtrise de l’eau restent très insuffisants dans les pays du Sahel. L’irrigation est largement sous développée et la région est sous-équipée en infrastructures hydrauliques en comparaison avec le reste du continent. Les systèmes existants sont assez dégradés et souffrent d’un appui faible et irrégulier des pouvoirs publics pour leur maintenance et réhabilitation. C’est ce constat alarmant avait incité la Banque mondiale à convier, en octobre 2013 à Dakar, les gouvernements, les partenaires au développement, les chercheurs et la société civile à un Forum de Haut Niveau sur l’irrigation au Sahel dans le but de développer la résilience et accélérer la croissance au Sahel par une forte relance de l’agriculture irriguée.

Les lignes directrices pour le développement d’infrastructures hydrauliques durables en Afrique de l’Ouest adoptées par la CEDEAO en 2011 constituent dans ce contexte une excellente initiative. Parmi les recommandations de ces lignes directrices pour le développement d’infrastructures hydrauliques durables en Afrique de l’Ouest adoptées par la CEDEAO en 2011, deux sont en rapport avec l’économie des barrages : i) « Evaluer et optimiser la rentabilité des grands ouvrages hydrauliques en Afrique de l’Ouest » ; ii) « Réaliser des évaluations ex post, au minimum tous les 10 ans, des grands projets, couvrant tous les aspects de ceux-ci ».

Pour favoriser l’implication effective des acteurs nationaux dans le processus de réalisation de l’étude, l’UICN a mis en place un comité de suivi chargé : i) d’orienter la démarche méthodologique, ii) d’appuyer le Consultant pour la recherche documentaire, iii) et de valider les résultats intermédiaires de l’étude.

L’atelier a permis de partager les leçons tirées de l’étude économique des barrages de Niandouba et Confluent avec les acteurs du secteur agricole, et susciter des échanges mutuels orientés vers des solutions pratiques pour relever les défis liés à la réalisation et à l’exploitation de ces grandes infrastructures hydrauliques afin qu’elles puissent jouer leur rôle d’appui à la sécurité alimentaires des populations. Il s’agissait aussi de partager et de capitaliser les bonnes pratiques de gouvernance des périmètres irrigués au niveau des grands barrages.

Réalisée et présentée par le Dr Ibrahima Hathie, l’étude s’est fixée comme objectif général : (i) réaliser l’évaluation ex-post de la richesse produite par les barrages de Niandouba et Confluent ; (ii) la comparer aux hypothèses sur lesquelles s’est fondée la décision de construction des barrages et d’aménagement des périmètres irrigués ; et (iii) faire un bilan financier pour l’Etat.

Il s’agissait plus précisément de (d’) :

  • apprécier les avantages financiers, économiques et sociaux des différents projets d’aménagement du Bassin de l’Anambé, pour les usagers et pour l’économie locale et nationale ;
  • apprécier le poids financier des aménagements de l’Anambé dans l’économie nationale à travers un bilan des apports financiers des différents bailleurs de fonds ainsi que des remboursements effectués ;
  • et de comparer les résultats obtenus en termes de rentabilité avec les prévisions de départ avant la construction des barrages dont le premier (Confluent) a été mis en eau en 1983.

Le rapport de l’étude révèle ainsi que la valeur actuelle des gains obtenus ou projetés (richesse produite) durant la période (1982-2031) se chiffre à 17,25 milliards FCFA, alors que la valeur actuelle des coûts s’élève à 43,28 milliards FCFA, d’où une valeur actuelle nette négative égale à –26,03 milliards FCFA, soit un manque à gagner de l’Etat de l’ordre de 105 000 FCFA par hectare et par an.

L’étude a également noté des aménagements lents et inférieurs aux prévisions. La phase 1 prévue sur 3 ans pour aménager 1420 ha, s’est finalement achevée au bout de 15 ans.

Les prévisions globales d’aménagement ont ainsi étaient revues à la baisse, passant de 16000 à 5000 ha.
Au vu de ces résultats, le chercheur a recommandé de (d’) : 

  • être réaliste dans les évaluations ex-ante (surfaces aménageables, durée des aménagements, taux de mise en valeur, niveau de rendement, prix des produits, etc.) surtout s’il s’agit de la mise en place d’une filière nouvelle ;
  • s’assurer que les conditions économiques et financières permettent la mise en valeur des aménagements (rentabilité de la production, accès au crédit, disponibilité en intrants et équipements, marché…) ;
  • privilégier des modèles productifs qui limitent les coûts et les risques et permettent une adaptation progressive des producteurs et de leurs organisations au développement de la filière ;
  • accorder des moyens significatifs au renforcement des capacités humaines aussi bien des producteurs et de leurs organisations que des instances en charge de la gestion des aménagements ;

Les échanges entre les participants ont permis de faire ressortir la nécessité d’inclure les populations locales dans les politiques d’élaboration et de mise en œuvre des programmes qui leurs sont destinés et surtout penser à diversifier les filières selon les besoins de ces populations, à souligné Dr. Hathie. La FEPROBA par le billais de son président El Hadji Ali Gane a rappelé le besoin de disposer de matériel pour l’exploitation de ces terres et que les 5 moissonneuse batteuses disponibles actuellement n’arrivent pas à couvrir la demande visant à atteindre 4000ha en 2016. Les parties prenantes se sont aussi accordées sur l’ambiance paisible qui règne aujourd’hui entre les acteurs et les exploitants, grâce au dialogue entrepris par l’UICN est ses partenaires dont l’IPAR et l’iied. Le model de protocole liant l’UICN et la SODAGRI dans la vulgarisation des plans d’occupation et d’affectation des sols a permis de régler la question de la redistribution du foncier dans cette zone du bassin d’Anambé.

La Global Water Initiative (GWI) en Afrique de l’Ouest est un projet de recherche-action et de plaidoyer, financé par la Fondation Howard BUFFETT et exécuté par le consortium constitué par l’UICN et l’IIED. Le projet travaille avec les exploitants familiaux et les gouvernements pour concevoir des politiques et pratiques qui améliorent la sécurité alimentaire et les moyens de vie des ménages dans le contexte des grands barrages à buts multiples

 

Chérif & Joseph_IPAR